Patrimoine: Splendeur et misère de l'Archéologie au Maroc

copie de la version électronique de l’article de 3 pages publié par Telquel du 13 au 19 novembre 2010. lien : http://www.telquel-online.com/447/mag1_447.shtml

Patrimoine. Splendeur et misère de l’archéologie

 

Les récentes découvertes sur le site préhistorique de Oued Beht ont confirmé son intérêt scientifique et touristique. Les archéologues espèrent qu’il ne connaîtra pas le même abandon que les autres sites du pays…

Depuis 5000 ans, juste sous les pieds des bergers qui escaladent les gorges de l’Oued Beht, cachés dans une petite grotte, ils dorment dans l’obscurité et le silence. Eux, ce sont des humains de la culture “campaniforme”, qui a dominé toute l’Europe à l’âge du cuivre ou Chalcolithique (de 3000 à 1800 av. JC). C’est ce qu’on appelle aussi la protohistoire, c’est-à-dire la charnière entre la préhistoire et l’histoire. Ce peuple à l’industrie raffinée a inventé les classes sociales, le luxe, mais aussi la guerre. Bref, tout ce qui fait l’humanité…

La grotte aux trésors

Ce n’est qu’en 2005, en prospectant pour le premier programme de recherche 100% marocain, que les archéologues sont tombés sur un tesson de céramique ornée, typiquement campaniforme, dans le lit de l’Oued Beht (à 18 km de Khémisset). Mais l’équipe de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) était encore loin de soupçonner l’importance de ce site, et notamment les trésors qu’ils allaient découvrir dans la grotte “Ifri n’Amr o’Moussa”. Même si l’exploration du site et l’exploitation des découvertes n’en sont encore qu’à leurs débuts, faute de moyens, ils savent déjà qu’ils sont tombés sur un “clan” préhistorique nombreux, riche et puissant.

Les campagnes de fouilles de 2006, 2007 et, plus récemment, de mai 2010 ont mis au jour, pour la première fois hors d’Europe, huit squelettes humains campaniformes bien conservés, recroquevillés en position fœtale. La grotte, exclusivement dédiée aux sépultures, pourrait contenir en tout 60 individus. Auprès de chaque squelette, on a trouvé les traces d’un foyer, et le crâne a été abîmé par une grosse meule en pierre qui avait été placée sur la tête. “A notre connaissance, de tels rites funéraires n’ont jamais été découverts dans les sépultures campaniformes d’Europe, précise Youssef Bokbot, professeur directeur du projet à l’INSAP. Ils posent des questions inédites sur la symbolique des religions protohistoriques”. Les objets choisis pour les accompagner dans l’au-delà sont tout aussi passionnants, par leur nombre et leur qualité. On y trouve une quantité inhabituelle de pièces exceptionnelles, comme des pointes de flèche en cuivre, des aiguilles à chas (inventées à cette période) ou des bracelets d’archer.

Savoir-faire local

Mais les trouvailles les plus chères au cœur des archéologues de l’INSAP sont celles qui anéantissent définitivement les théories “européocentristes”, en démontrant que cette culture aux productions “luxueuses” possède ici des caractères autochtones. En effet, les motifs des poteries sont originaux, tout en se rapprochant de ceux des autres sites marocains (comme la grotte de Dar-es-Soltane près de Rabat et plusieurs grottes sur le littoral méditerranéen). Certains objets de parure, de toute beauté, sont même inédits, comme une défense de sanglier sculptée en forme de serpent, ou une boucle d’oreille pendante en mandibule de hérisson. Ils montrent bien le goût du superflu d’un peuple qui a vu naître les premiers “riches” grâce à la métallurgie et au commerce du sel.

Mais, surtout, le site d’Oued Beht a livré la preuve que l’industrie campaniforme nord-africaine n’était pas une simple “importation” de savoir-faire issu du nord. L’infatigable Youssef Bokbot exhibe fièrement les pré-lingots métalliques qui ont été utilisés pour fabriquer les objets en cuivre trouvés sur place : ils démontrent que les “Hommes d’Oued Beht” maîtrisaient la métallurgie. Quant à l’autre objet, il est mystérieux et rarissime : une côte d’animal taillée en une sorte de peigne, dont les dents, appliquées sur l’argile, produisent exactement le motif caractéristique des poteries campaniformes. “Personne ne pourra plus jamais dire que les poteries et les outils métalliques étaient importés de la péninsule ibérique”, conclut malicieusement le chercheur.

Le seul fait qu’un tel site existe en dehors du littoral marocain confirme que les Campaniformes étaient bien implantés dans les régions intérieures (essentiellement les plateaux du pays Zemmour), alors qu’on pensait jusque-là que cette civilisation n’existait que sur le littoral, importée d’Europe par cabotage. Les cultivateurs de céréales d’Oued Beht vivaient là dans un milieu beaucoup plus boisé qu’aujourd’hui. Les ossements trouvés montrent qu’ils chassaient une faune abondante (ours, panthère, sanglier, oryx, bubale…) et qu’ils avaient domestiqué les chiens et les chèvres. Des dents de requins et autres animaux marins montrent qu’ils étaient capables de diversifier leur alimentation, en communication constante avec les autres clans littoraux.

Enquête à la gendarmerie

Bref, le site de Oued Beht a de quoi attiser la curiosité et même la jalousie des confrères européens...du moins, quand nos archéologues auront les moyens de réellement avancer dans leur étude et d’exposer des résultats complets ! Jusqu’ici, faute de laboratoires scientifiques et limité par le maigre budget alloué par le ministère de la Culture, l’INSAP n’a pu effectuer aucune analyse physico-chimique, ni même l’indispensable datation absolue. “Nous comptons sur le laboratoire de la gendarmerie pour faire les moulages des squelettes, analyser la céramique afin de déterminer si les matériaux sont autochtones ou importés, et pour les datations au carbone 14”, explique Youssef Bokbot. En cinq ans, les chercheurs n’ont pas encore pu faire extraire l’ADN des fossiles (normalement abondant vu leur bonne conservation), ce qui pourrait permettre de mieux comprendre leur parenté avec les Campaniformes d’Europe.

Heureusement, début juin, une bonne fée s’est penchée sur le berceau de ces ancêtres potentiels des peuples maghrébins actuels : l’Institut royal de la culture amazighe. L’IRCAM s’est dit récemment convaincu de l’intérêt d’en savoir plus sur ce peuple ayant vécu à l’époque charnière entre la préhistoire et les premières manifestations de la culture autochtone berbère (via l’art rupestre et les récits des hiéroglyphes égyptiens). D’ailleurs un fragment de céramique peinte a été découvert à Oued Beht, dont le motif évoque les décors de la tapisserie et de la poterie des populations amazighes modernes. “Mais on ne peut prouver une relation de descendance par ce biais, précise Bokbot. Par contre l’IRCAM vient d’annoncer un financement qui servira entre autres à des analyses d’ADN par un laboratoire français, visant à comparer nos Campaniformes aux Marocains actuels”. De quoi ouvrir de toutes nouvelles perspectives..

Vers un site touristique ?

Dans d’autres pays, à l’annonce de découvertes majeures de ce type, on verrait tous les responsables de la culture accourir pour se tenir informés des possibilités”, soupire Youssef Bokbot. Les archéologues marocains, au contraire, doivent sortir de leur rôle de chercheurs. Isolés et cruellement conscients de l’immense intérêt du site, ils remuent ciel et terre pour convaincre les autorités de le mettre en valeur. Ils voudraient mieux faire connaître ce patrimoine au public, mais aussi créer des rentrées d’argent dont une partie pourrait financer la suite des fouilles. Alors que le Maroc est aussi riche en touristes qu’en fossiles et traces de civilisations anciennes, le pays ne possède aucun musée de site, ni paléontologique ni archéologique. Pourtant, les rares ruines que l’on peut visiter, comme celles de Volubilis, sont la preuve que le secteur est porteur.

Justement, à Oued Beht, tous les ingrédients sont réunis pour attirer les touristes. La région possède de nombreux autres sites archéologiques inexploités, dont la seule mine de sel nord-africaine, exploitée au même âge de cuivre : Maâden El Melh, où l’on a découvert des pics de mineurs sans manche en basalte. La grotte elle-même, belle et bien éclairée, est facile d’accès, à quelques pas de la route nationale reliant Meknès et Rabat. Quant au village, il possède déjà de nombreux petits restaurants fréquentés par les routiers. Bref, ça ne coûterait pas grand-chose d’aménager l’accès à la grotte, tout en créant un petit musée à proximité pour exposer les plus belles pièces. Le maire de Oued Beht a même l’idée d’installer le musée dans un ancien wagon qu’il a racheté à l’ONCF…

Peut-être un village

C’est dans ces perspectives de mise en valeur globale que Youssef Bokbot, avant de clore la campagne de fouilles 2010, a tenu à laisser en place les trois derniers squelettes dégagés. Mais pour cela il a dû se battre, obtenant in extremis de la municipalité un gardiennage ainsi qu’un portail métallique scellant la grotte. Pourtant, en 2006, les autorités locales et provinciales étaient convaincues de l’intérêt de la mise en valeur du site. Une convention officielle avait même été signée entre la commune, la province de Khémisset et le ministère de la Culture. 950 000 DH devaient alors être débloqués dans le cadre de l’INDH pour intégrer le site dans les circuits touristiques. Malheureusement, le changement de gouverneur avait paralysé le projet. C’est finalement grâce à un financement de la Direction du patrimoine culturel (300 000 DH) que le projet de mise en valeur de la grotte verra le jour.

La plus grande frustration des chercheurs reste de ne pas pouvoir fouiller à un rythme digne du caractère exceptionnel du site. Faute de budget suffisant pour le transport et l’hébergement, en cinq ans, ils n’ont pu faire que trois campagnes d’un mois chacune. Or l’essentiel reste à découvrir. La topographie semble indiquer que le sommet du plateau recèle un village préhistorique entier avec ses fortifications, pouvant abriter plusieurs centaines d’habitants. D’ailleurs, il suffit de s’y promener quelques instants pour récolter de nombreux fragments de céramique préhistorique. “Si cela se confirme, cela serait une première en Afrique du Nord”, s’enthousiasme Bokbot, qui avoue avoir du mal à patienter jusqu’à la campagne de l’année prochaine…

Moyens. Un microscope pour 30 chercheurs

A en croire ses chercheurs, l’INSAP (Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine) n’a pas tiré le gros lot en étant rattaché au ministère de la Culture plutôt qu’à celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Non seulement le budget annuel de l’Institut (1,4 MDH, presque inchangé depuis 20 ans) est insuffisant, mais en plus il n’a pas d’autonomie financière par rapport au ministère, ce qui rend plus difficile l’accès à des financements extérieurs. “Une mission de terrain d’un mois du programme national a un budget de 20 000 DH, ce qui est insignifiant comparé aux 100 à 200 000?DH reçus dans le cadre de la coopération internationale”, regrette l’archéologue Youssef Bokbot. Pas étonnant que 9 programmes de recherche sur 10 soient réalisés en collaboration avec les Européens (surtout les Français et les Espagnols)… Par ailleurs, l’INSAP n’a pas de laboratoires propres ni de chercheurs pluridisciplinaires, alors que l’archéologie est au carrefour de nombreuses disciplines scientifiques (pétrographie, paléobotanique, pathologie, physique, chimie, biologie moléculaire…). “Nous n’avons qu’un seul microscope ordinaire pour 30 chercheurs, ironise Bokbot. Pour avancer, nous devons envoyons nos échantillons à l’étranger et travailler avec divers spécialistes des universités marocaines. Mais faute d’annuaire national, c’est très difficile de les dénicher, et il faut attendre qu’ils soient disponibles”. Quant à la mise en valeur pédagogique et touristique, elle est presque inexistante. L’unique musée archéologique, celui de Rabat, est aussi délabré que son budget (quelque 10 000 DH) le laisse penser.

 

 

Commentaires (4)

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