LA BASSE VALLÉE DE L'OUED LOUKKOS À LA FIN DES TEMPS PRÉHISTORIQUES

 

 Actes du  Colloque International : la ville antique de Lixus.Larache 8-11 , novembre 1989.  Collection de l’Ecole   Française de Rome. T. 166. Rome. pp. 17-26.

 

YOUSSEF BOKBOT ET JORGE ONRUBIA-PINTADO

 

LA BASSE VALLÉE DE L'OUED LOUKKOS À LA FIN DES TEMPS PRÉHISTORIQUES

 

INTRODUCTION

 

Tout d'abord, il faut signaler que la documentation préhistorique dont on dispose concernant le bas Loukkos (El Gharbaoui, 1981) et, de façon plus générale la péninsule Tingitane, est rare et peu significative. L'essentiel des données archéologiques utilisables provient du voisinage des habitats urbains et de ce fait, son intérêt ne doit pas être surévalué. En' effet, dans le domaine de l'archéologie préhistorique du Maroc nord-occidental les limitations méthodologiques paraissent actuellement quasi insurmontables: fouilles anciennes dont les résultats demeurent sujets à caution, séquences stratigraphiques discutables et peu cohérentes, attributions culturelles et chronologiques fréquemment hasardeuses et, enfin, publications partielles souvent hâtives.

 

 

L'état de la question que nous tenterons d'esquisser ne peut donc témoigner que de l'ampleur considérable de ces lacunes et du caractère provisoire de toute interprétation. On admet généralement que les modalités d'interaction entre l'homme et son environnement, jouent un rôle notable pour la mise en place des stratégies de subsistance, des systèmes d'acquisitions économiques et des modes d'occupation du territoire des groupes humains préhistoriques. La connaissance des paléoenvironnements devient donc irremplaçable afin de saisir la nature et les implications de ces rapports d'interdépendance.

 

À l'heure actuelle, nous ne disposons malheureusement d'aucune étude paléoécologique approfondie sur la basse vallée de l'oued Loukkos. Seules les analyses palynologiques effectuées dans la tourbière de l'oued Sakh Sokh (Ballouche 1986) nous incitent à penser que des changements importants du milieu naturel sont intervenus au cours des derniers millénaires. Mais dans ce contexte d'incertitude, les modèles globaux et les extrapolations sont peu fiables compte tenu du caractère vraisemblablement réduit de la niche écologique où les groupes humains préhistoriques et protohistoriques exerçaient leur activité.

 

 

À notre avis, l'établissement d'une cartographie paléoécologique à grande échelle, éventuellement susceptible d'être superposée aux atlas archéologiques, constitue à court terme une des priorités scientifiques de la recherche préhistorique dans la région.

 

Si l'on excepte plusieurs monuments funéraires assez problématiques, les premiers éléments chalcolithiques connus dans la péninsule Tingitane sont représentés par quelques tessons campaniformes et quelques objets de métal, probablement importés, associés à des contextes du Néolithique récent local (cf. Onrubia-Pintado 1988 et Daugas 1989). Dans la région de Tanger, des nécropoles à cistes mégalithiques, telles que celles de Mers ou Aïn Dalhia el Kebira, qui semblent véhiculer une tradition culturelle bien définie dans le sud-ouest de la péninsule Ibérique, attestent de l'affirmation progressive d'un processus «d'atlantisation» dont l'origine remonte au moins au début du IIe millénaire avant J.-C.

 

 De toute évidence, les objets métalliques en cuivre ou en bronze trouvés dans le bas Loukkos, dont nous parlons plus loin, doivent être mis en rapport avec ces stimuli culturels de filiation ibérique. Peut-être n'est-il pas exagéré de considérer les faciès protohistoriques du littoral océanique de la péninsule Tingitane comme une extension méridionale extrême du Bronze atlantique européen.

 

 En tout état de cause, comme G. Camps et G. Souville l'affirment depuis longtemps (Camps 1960, Camps 1961, Souville 1965a, Souville 1986) il serait maintenant difficile de nier l'existence d'un Âge du bronze au Maroc, compte tenu, qui plus est, de la multiplication des données disponibles. C'est dans ce canevas culturel et chronologique, encore fragile, de la protohistoire locale, que la question du substrat indigène du site de Lixus trouve sa place.

 

 

1 - LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES DU BAS LOUKKOS

 

C'est en suivant les courants du phénomène mégalithique déjà connu en Europe occidentale que l'on s'est rendu compte que ce phénomène s'est développé aussi en Afrique du Nord et qu'il a été accompagné par la diffusion d'objets en métal. En fait, ce que l'on appelle «mégalithisme» n'a que très peu touché la région de la basse vallée de l'oued Loukkos.

 

Le plus célèbre des monuments de type mégalithique pouvant être attribuable à l'Âge du bronze est celui de Mzora. Les monolithes de son enceinte et les grandes dimensions de certains d'entre eux expliquent que ce monument ait été rattaché à l'ensemble mégalithique européen; quelques dalles plantées dans le sol, vers le centre du monument, sont considérées par quelques auteurs comme le vestige d'une sépulture de type dolménique. Mais les conditions de fouilles et l'absence de rapport détaillé ne permettent pas de l'affirmer.

 

 

Le tumulus de Mzora a été longtemps présenté comme un cas isolé. En fait, il ne se distingue des autres tertres et tumulus du Nord marocain que par les dimensions plus grandes des monolithes de l'enceinte (Camps, 1965, p.240).  Dans les différentes régions du Maroc septentrional, des tertres de dimensions vraiment exceptionnelles ont été découverts. Ces monuments n'ont pas fait l'objet de fouilles. Ils peuvent donc cacher des sépultures de types et d'âges différents.

 

 

En se référant aux observations de plusieurs archéologues qui ont prospecté la région, les sépultures de type dolménique étaient cantonnées entre l'embouchure du Loukkos et celle de l'oued Laou. Dans la basse vallée du Loukkos, nous avons beaucoup de mentions de ce type de sépulture. À environ 7 km au sud de Tlata Ressana, C. Tissot a indiqué la présence de 3 ou 4 dolmens (Tissot 1876, p. 386) sur les collines dominant, à l'est, la route entre cette localité et El Ksar-el-Kbir.

 

 

P. Pallary a signalé la présence de plusieurs dolmens entre la ville de Larache et les ruines de Lixus, sur le monticule de Beïda et la colline de Koudiat Douardane (Pallary 1907, p. 308). Quelques-uns de ces dolmens ont déjà été «fouillés» ce qui a révélé certains murs en maçonnerie et une épaisse couche d'escargots dans les sépultures. Selon G. Souville (Souville 1973, p. 42) il s'agirait de petits dolmens renversés. Par ailleurs, P. Pallary a pu constater, dans les ruines même de Lixus, que le mode d'inhumation dolménique est bien autochtone (Pallary 1915, p.195). Il ajoute que les dolmens étaient encore utilisés à l'époque romaine: on retrouve cette constatation chez beaucoup d'auteurs.

 

 

G. Camps a mis en garde contre de telles affirmations (Camps 1961, p. 140-143). En effet, si les dolmens ont servi bien longtemps après leur construction, c'est par les plus anciens objets récoltés qu'il faut les dater. Cette règle ne semble pas avoir été appliquée en Afrique du Nord, l'accent ayant toujours été mis sur les objets les plus récents.

 

 

À Lixus, M. Tarradell a signalé deux sépultures construites avec de grands blocs de pierres (Tarradell 1960a, p. 167). La première est située sur le versant ouest de la colline face à l'estuaire et avait été complètement vidée de son contenu. Elle a été dénommée «dolmen». En effet, elle rappelle certaines constructions sépulcrales de type dolménique: chambre quasi rectangulaire construite avec de grandes dalles dressées verticalement et couverte par une seule dalle de grandes dimensions.

 

 

 La deuxième sépulture, située sur le versant est, se compose d'une seule pièce de 2,50 m de longueur et0,50 m de largeur. La couverture est constituée par une seule grande dalle. Dans la nécropole est de Lixus, existe une tombe faite avec de grands blocs de pierres. Elle est située à une centaine de mètres de la muraille est. Ce monument a été découvert par C. Tissot et a été nettoyé par H. de La Martinière. Ils l'ont, tous les deux, considéré comme un monument religieux. Il s'agit, en fait, d'un monument funéraire composé d'un couloir quasi souterrain, sa longueur est de5,50m, sa largeur d'environ 1,30m et sa hauteur de 1,40m. Ce couloir est formé, des deux côtés, d'un seul parement de grandes dalles posées verticalement. Les dalles sont énormes et mal travaillées. La couverture du couloir est assurée par quatre ou cinq dalles transversales juxtaposées, ce qui lui a valu, de la part des habitants de l'endroit, le nom d'«Al Kantra» (le pont) en référence à sa forme. Il paraît qu'il existait une galerie en avant de la porte du monument. Il est probable aussi qu'il ait été entouré par une enceinte sur ses trois côtés opposés à l'ouverture.

 

 

Ce monument, qui correspond du point de vue typologique à une allée couverte, reste un fait unique dans tout le Maroc, à notre connaissance, quoique, sur la butte où il se trouve, nous ayons remarqué plusieurs grandes dalles du même type que celles du monument. Nous pensons que le monument d'Al Kantra faisait partie d'un ensemble de monuments mégalithiques 1.

 

 

En 1949, quatre hypogées ont été fouillés dans la même zone. Chacune des tombes mesure 2,50 m de longueur sur 0,50m de largeur. Mis à part la céramique qui peut être le mobilier d'un moment de réutilisation ou d'abandon définitif, le reste du matériel de la sépulture n° 4 mérite d'être signalé: «4 fragments d'une espèce de lame en cuivre, un morceau d'ocre rouge, une pierre ponce travaillée et des restes de soufre» (Tarradell 1960a, p. 168). M. Tarradell a trouvé curieuse la découverte de deux pointes microlithiques en silex, mal travaillées, dans les sépultures 3 et 4. Par ailleurs, M. Antoine a signalé deux menhirs jumeaux à Larache (Antoine 1945, p. 387), mais on ne sait pas s'ils proviennent du site de Lixus ou non.

 

 

II - LES HABITATS PROTOHISTORIQUES. LA QUESTION DU SUBSTRAT PRÉPHÉNICIEN DE LIXUS

 

La présence de tous ces témoignages relevant du domaine funéraire et cultuel pose le problème des habitats qui leur sont contemporains. Il faut reconnaître, hélas, que les habitats de plein air appartenant à l'Âge du bronze ne sont pas connus, faute de prospections systématiques. La nécessité de développer les recherches sur les sites d'habitats s'impose en protohistoire marocaine.

 

 

Pour la basse vallée du Loukkos, les seuls vestiges d'habitats pouvant être attribués à cette période proviennent curieusement du site même de Lixus. Dès 1943, R. Lantier avait remarqué dans les ruines de Lixus «des tronçons de murailles présentant dans leur appareillage des assises verticales en gros blocs» (Lantier, 1945, p. 234). Il lui semblait que ce mode de construction représentait, en Afrique du Nord comme en Espagne, une tradition particulière au bassin occidental de la Méditerranée. Ces tronçons pourraient coïncider avec la partie sud de la muraille est, décrite par Tarradell (1960a, p. 164-165). La muraille est formée de grands blocs irréguliers, sans aucune trace de travail de taille; les sondages effectués dans la partie externe de cette muraille n'ont livré que des éléments céramiques difficilement datables. Dans les niveaux proches des fondations M. Tarradell a rencontré un matériel exclusivement céramique: une céramique faite au tour, mais d'un type commun, et une céramique modelée. Au-dessous de ces niveaux apparaissent des éléments antérieurs à la construction de la muraille. Ce niveau est caractérisé par la plus grande abondance de céramique de «tradition néolithique ».

 

 

Plus récemment, M. Ponsich a remarqué que certains procédés de construction de murs ou de murailles préromains de Lixus ne pouvaient pas être mis en rapport avec les procédés de construction orientale. M. Ponsich a noté que la ville de Lixus s'ouvrait sur la compagne par une porte construite en appareil mégalithique, antérieure à la muraille de la cité punique (Ponsich 1988, p. 86). Cette porte s'ouvrait sur un chemin bordé de «tombes très anciennes ». Le sondage n° 8 appelé «Algarrobo» (Le caroubier) n'a révélé au niveau S, c'est-à-dire le niveau le plus profond, que peu de restes de constructions. «Certaines partie§ de murs sont faites avec de grandes pierres, probablement les fondations d'édifices arasés par des constructions postérieures» (TarradellI960a, p. 147-149).

 

 

C'est dans le quartier des temples qu'ont été mentionnés plusieurs exemples de structures à affinités mégalithiques. Les murs latéraux du temple B ont été réalisés en rangées superposées de gros blocs irréguliers, assemblés sans mortier. La couche de la base des fondations a donné en majorité des tessons de céramique de type indigène préromain (Ponsich 1981, p.36). Le temple A est régulièrement composé de gros blocs mégalithiques superposés sans lien apparent.

 

 

III - LE MOBILIER ARCHÉOLOGIQUE PROTOHISTORIQUE DE LIXUS

 

La présence à Lixus de ces structures à caractère relativement archaïque n'est pas surprenante puisqu'elle est associée à un matériel archéologique plutôt proche de l'âge du Bronze que contemporain de la cité punique comme on a l'habitude de le dire.

 

 

1) La céramique préphénicienne

 

M. Tarradell a effectué plusieurs sondages qui ont couvert la quasi totalité du site de Lixus; les résultats de ces sondages ont été extraordinairement cohérents (Tarradell 1956a, p. 792). Le niveau C, avant-dernier niveau, est caractérisé par l'absence de restes de constructions, avec un matériel exclusivement céramique composé de 3 types principaux: 1) céramique tournée de type punique 2) céramique à vernis rouge 3) céramique modelée de «tradition néolithique». Le niveau D, le dernier, est formé de types de céramiques signalés dans le niveau antérieur, mais dans celui-ci la céramique de «tradition néolithique» prédomine.

 

 

Les niveaux qui nous intéressent, pour la période concernant notre étude, sont les plus profonds, le dernier niveau surtout puisqu'il est composé en majorité de céramique modelée. Ce type de céramique est très semblable à d'autres trouvés dans les niveaux supérieurs des grottes du nord-ouest marocain occupées au Néolithique et au Chalcolithique. Ceci débouche sur un fait qui nous paraît très clair et sur lequel nous voulons attirer l'attention. Nous pensons que ces types de céramiques correspondent à une époque postérieure au Chalcolithique et antérieure à l'établissement phénicien, en somme à l'Âge du bronze.

 

 

Les niveaux les plus récents des grottes d'El Khril contenaient une poterie modelée à décor digital qu'André Jodin a qualifié de «berbère ancien» (Jodin 1959, p.303). Cette poterie est souvent ornée d'un cordon de pâte qui entoure la base du col ou le haut de la panse. Ce cordon est pincé à intervalles réguliers entre le pouce et l'index. Ces caractéristiques sont identiques à celles des vases des grottes de Gar Cahal et de Caf Taht el Gar que nous avons eu l'occasion d'étudier; ce type de céramique, dans ces deux grottes, se trouve au-dessus du campaniforme. Cette céramique est très caractéristique par sa couleur sombre, voire noire. Elle est également polie, du moins lissée, ce qui nous donne un élément de datation relative. Cette technique de polissage est inconnue, en fait, dans les niveaux les plus archaïques du Néolithique et ne s'impose vraiment qu'au début de l'Âge des métaux (Camps-Fabrer 1966, p. 432).

 

Une céramique semblable aux précédentes a été retrouvée à Mogador, dans les niveaux les plus profonds dépourvus de restes de constructions. P. Cintas en avait conclu que c'était une céramique indigène antérieure au comptoir punique ou contemporaine de son établissement. Dès 1957 A. Jodin a remarqué la ressemblance de cette céramique avec celle de l'Âge du Bronze européen (Jodin 1957, p. 37). Il précise même qu'elle était loin d'être uniforme et qu'il pouvait y distinguer plusieurs types classés d'après le décor, la forme des anses et la texture de la pâte.

 

 

Nous avons pu constater toutefois que cette céramique modelée n'a que très peu intéressé les chercheurs. Il suffit de considérer le petit nombre de publications qui la concerne pour s'en rendre compte. Elle a été complètement négligée dès qu'un site fournit de la céramique tournée d'importation.

 

Tout récemment, nous avons eu l'occasion d'étudier la céramique non tournée provenant des couches profondes de Lixus. Parmi les tessons étudiés, deux ont retenu particulièrement notre attention car ils appartiennent à un type jusqu'alors inconnu en Afrique du Nord: la céramique dite «à graffito» (Camps-Fabrer 1966, p. 396 et Camps 1961, p. 393). L'un de ces deux tessons (fig. 1 n° 1) a été retrouvé dans la couche la plus profonde du temple H (sondage intérieur). Il est modelé, poli et de couleur noir brillant. Il est décoré d'incisions sur pâte cuite. Les décors représentent des triangles quadrillés, autour du bord. Le deuxième tesson (fig. 1 n° 2) est du même type que le précédent: modelé, poli, de couleur noir brillant et décoré également d'incisions appliquées après la cuisson. Seul le motif décoratif diffère légèrement. Il s'agit toujours de triangles autour du bord, mais ici, ils ne sont pas quadrillés mais divisés en bandes parallèles hachurées alternativement.

 

 

Ce type d'incisions se rapproche de la gravure sur coquille d'œuf d'autruche. Bien que l'on ne puisse faire aucun rapprochement, il y a une ressemblance frappante entre ces deux tessons provenant de Lixus et la céramique chasséenne caractéristique du Néolithique moyen du sud de la France et de la poterie plus ancienne encore de style de Matera dans le sud de l'Italie. Ces deux tessons sont à mettre en rapport avec certains types de céramique préphénicienne du sud de la péninsule Ibérique 2.

 

 

Hormis ces deux tessons décorés à graffito, la céramique modelée des couches profondes de Lixus est généralement lisse et certains fragments sont polis. Cette céramique est souvent noire et la surface des vases est rarement ornée. Parfois, il existe cependant un décor matérialisé par un cordon en relief qui entoure le vase dans la partie supérieure de la panse. Ce cordon est décoré d'impressions digitales faites par pincement de la pâte entre le pouce et l'index (fig. 1).

 

 

Les formes des vases sont peu variées; on trouve des bols de forme hémisphérique ou tronconique, de grands vases en forme de calice à profil en S, des vases galbés de forme sphérique et de la microcéramique. Il est intéressant de signaler que les formes et les décors des poteries modelées associées aux niveaux inférieurs de Lixus sont analogues à ceux des céramiques protohistoriques des grottes de Gar Cahal et Caf Taht el Gar (fig. 2).

 

 

2) Les trouvailles occasionnelles d'objets métalliques

 

La présence de tous ces types de céramique, beaucoup plus proches de l'Âge du bronze, associés à plusieurs structures d'habitats à affinités mégalithiques ainsi que des monuments funéraires de type dolménique militent en faveur d'une occupation préphénicienne à Lixus. Il n'est pas impossible, comme le suggère I. Ch. Schifman (Schifman 1963, p. 23) que se soient trouvée à Lixus les habitations primitives des autochtones lors de l'arrivée des Phéniciens. Cette occupation indigène s'affirme d'autant plus qu'on a découvert dans la basse vallée de Loukkos deux objets métalliques attribuables à l'Âge du bronze.

 

 

La première mention d'objets en bronze, liée à cette région, est due à M. Saez-Martin, au cours du IIe Congrès panafricain de préhistoire en 1955. D'après l'étude de M. Ruiz-Galvez Priego (Ruiz-Galvez 1983), il s'agit d'une lame d'épée de bronze très étroite, mesurant 571mm. Cette lame est précédée d'une languette rectangulaire qui se termine par deux encoches destinées à recevoir les rivets de fixation. De la zone de contact de la languette avec la lame, par une large nervure centrale qui se prolonge jusqu'à la pointe. Cette épée est proche du type de Rosnoën qui a atteint superficiellement la péninsule ibérique et appartient chronologiquement à une phase de transition entre le Bronze moyen et le Bronze final.

 

 

Par ailleurs, G. Souville (Souville 1956 b, p. 417) a signalé la présence d'une hache plate dans les collections du musée de Tétouan dont la provenance serait inconnue, mais selon E. Gozalbes Gravioto (Gozalbes-Gravioto 1975), il s'agirait d'un objet en bronze découvert à Lixus. Cette hache mesure 11 ,4cm de longueur, elle a un tranchant légèrement incurvé (4cm), et une largeur au talon de 2,5cm; son épaisseur maximale est de 1 cm, son poids est de 305 g.

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À notre connaissance, seuls ces deux témoignages apportent la preuve de l'utilisation d'objets en bronze en basse vallée de Loukkos à l'époque préphénicienne. Il faut supposer que bien d'autres découvertes n'ont jamais été décrites, comme ce fut le cas de l'épée de Larache, perdue pendant longtemps' avant d'être récemment retrouvée dans un musée allemand.

 

 

CONCLUSION

 

 

Les traces de l'activité des groupes humains protohistoriques, quoique rares, ne sont pas inexistantes dans la basse vallée de l'oued Loukkos. À l'heure actuelle, le territoire qui s'étend de Ksar El Kebir à Larache a livré plusieurs structures à affinités mégalithiques, dont le fameux tumulus de Mzora et le monument dit «Al Kantra», ainsi que deux objets métalliques tout à fait exceptionnels. Ces évidences archéologiques, ainsi que la céramique modelée préphénicienne attestée dans les plus anciens niveaux du site de Lixus, semblent esquisser les traits, encore flous, d'un substrat protohistorique dont la chronologie et les éléments constitutifs demeurent assez mal définis, sinon complètement inconnus.

 

 

Cet horizon culturel indigène, que nous serions tentés de qualifier, dans un premier temps, de paléoberbère, ne saurait être interprété en dehors du fait global de la mise en place des populations tard-néolithiques et de l'émergence des civilisations protohistoriques du Maghreb occidental.

 

 

En ce qui concerne la ville antique de Lixus, les données archéologiques disponibles, si fragmentaires soient-elles, semblent suggérer l'existence sur les hauteurs de la colline d'El Heri d'une occupation préphénicienne dont la topographie et les structures d'habitats éventuelles restent inconnues. Cette possibilité paraît d'autant plus plausible que l'analyse du matériel archéologique provenant des anciens sondages et des trouvailles occasionnelles, ainsi que l'étude de certains monuments funéraires situés sur la colline de Chomis, nous ont permis d'isoler des éléments incontestablement protohistoriques. Au premier abord, ces éléments seraient à placer dans une orbite culturelle qui bascule autour du faciès sud ibérique du Bronze atlantique européen.

 

 

Il est certain qu'il faudra attendre le développement de nouvelles recherches sur le site de Lixus, menées dans une optique purement protohistorique pour obtenir des réponses satisfaisantes aux problèmes culturels et chronologiques qu'e cette hypothèse de travail soulève.

 

 

Cette communication tente donc d'engager, uniquement à partir des données archéologiques connues, un débat théorique sur l'origine, l'évolution et les caractéristiques spécifiques des dernières cultures préhistoriques Lato-Sensu du bas Loukkos. Cet échange d'idées, sans doute fructueux, devrait être doublé, à court terme, d'un programme de recherches coordonnées sur le terrain.

 

 

Il est évident que l'individualisation de ce complexe de sociétés protohistoriques nordafricaines devient irremplaçable pour saisir les modifications des modèles d'occupation et du contrôle du territoire et la portée réelle des mutations culturelles et des transformations socio-économiques liées à l'implantation des plus précoces colonies phéniciennes aux confins de la Méditerranée occidentale.

 

 

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