SUBSTRAT AUTOCHTONE ET COLONISATION PHÉNICIENNE AU MAROC

Actes du 118 Congrès National des Sociétés  Historiques et Scientifiques. Pau 1993. France. (Paris 1995). pp. 219-23

SUBSTRAT AUTOCHTONE ET COLONISATION PHÉNICIENNE AU MAROC

Nouvelles recherches protohistoriques dans la péninsule tingitane

 

YOUSSEF BOKBOT et JORGE ONRUBIA-PINTADO

 

La question de l'individualisation du substrat indigène préphénicien, que l'on pourrait loto sensu qualifier de protolibyque sinon de proprement libyque, demeure une priorité pour l'archéologie maghrébine. De toute évidence, la portée réelle des modifications des stratégies d'occupation et de gestion du territoire, et la signification des mutations socio-économiques et culturelles liées à l'implantation des plus précoces installations et colonies phéniciennes en Afrique du Nord ne seront susceptibles d'être saisies qu'à partir de l'identification des horizons protohistoriques autochtones.

 Au Maroc, les recherches entreprises depuis longtemps sur plusieurs sites de la péninsule tingitane ont effectivement livré un ensemble de trouvailles et d'observations qui permettent d'esquisser, malgré leur insuffisance et leur manque de cohérence, certains des traits constitutifs éventuels de ce complexe précolonial. Mais, malheureusement, les ruptures temporelles et les discontinuités spatiales des opérations de terrain, ainsi que les limitations imposées par une pratique historiciste et esthétisante de l'archéologie, privilégiant les reconnaissances sélectives, les sondages stratigraphiques et l'exhumation des structures monumentales au détriment de la mise en place d'une authentique archéologie rurale, avaient jusqu'à présent interdit tout essai de caractérisation précise du substrat libyque dans cette région. À l'heure actuelle, le développement de nouveaux projets de prospections archéologiques systématiques est appelé à combler, ne serait-ce que partiellement, cette notable lacune.

 

L'OUED LAOU ET L'HABITAT PROTOHISTORIQUE DE KACH KOUCH: QUELQUES DONNÉES PRÉLIMINAIRES

 

L'intérêt géo-écologique et anthropodynamique de l'oued Laou, qui marque la limite orientale de la péninsule tingitane, est indéniable. D'une part, ce cours d'eau, qui entaille en amont les massifs calcaréo-dolomitiques de la région de Chefchaouen, avant de se jeter dans la mer en serpentant au milieu d'une vaste plaine fertile de chronologie soltano-gharbienne (A. El Gharbaoui, 1981, p. 161-162, 265), représente le seul passage relativement praticable entre le littoral méditerranéen et l'hinterland rifain. Par ailleurs, le haut Laou permet, grâce à son voisinage des sources du fleuve Loukkos, de gagner facilement la côte atlantique en empruntant ce dernier couloir naturel (carte ci-contre).

 

Malgré cette importance manifeste sur le plan physique et humain, ce n'est qu'à une date récente que l'oued Laou a fait l'objet d'une étude archéologique quelque peu approfondie pour les périodes préhistorique et antique 1. Il est vrai qu'une première reconnaissance de C.-L. de Montalbân sur l'ensemble de la vallée 2 fut suivie, une trentaine d'années après, d'une série de prospections sélectives dans la zone de l'embouchure tour à tour effectuées par C. Pereda Roig (1954, p.445-447) et M. Tarradell (1960, p.78).

 

Mais si les données concernant ces recherches attestaient sans conteste la présence d'un matériel paléolithique au sens large, elles n'étaient pas concluantes, en revanche, quant à la chronologie d'un ensemble de sites présumés anciens: les ponts "romains" de l'oued Talembote3, le barrage "antique" aujourd'hui disparu cité par C.L. de Montalban et les vestiges apparemment préislamiques signalés en pays des Kaâ Asrasse près du village de Tizgane (Fig. 1). De leur côté, les références qui se rapportaient aux "cistes mégalithiques" fortuitement trouvées au début des années quarante aux environs du barrage d'Ali Thalat (Fig. 1) (P. Quintero, 1941) demeuraient confuses voire inutilisables.

 

Ce n'est donc qu'à partir de la fin des années quatre-vingts qu'un programme systématique de prospections préhistoriques et préislamiques fut mis en place certes de façon assez discontinue. Dans le courant de ces recherches4 une centaine de sites inédits, allant globalement du Paléolithique inférieur à l'époque islamique subactuelle, ont été répertoriés tout au long de l'oued Laou et de ses affluents principaux. Parmi ces installations, l'habitat protohistorique de Kach Kouch tient une place privilégiée.

 

Le site de Kach Kouch, connu aussi sous le toponyme de Dhar el-Mouden, est une petite plateforme à pentes abruptes constituée d'affleurements calcaires localement comblés de sédiments en partie d'origine anthropique. Ces affleurements rocheux, qui dessinent sur le sommet de l'éperon une surface tabulaire vaguement circulaire d'une quarantaine de mètres de diamètre où une aire à battre a été aménagée, dominent la totalité de la plaine alluviale de l'oued Laou et la mer, distante de quelque 9 km à vol d'oiseau (Fig. 1).

 

La prospection archéologique préalable du plateau de Kach Kouch entreprise en 1988 a été doublée, quatre ans après, de la réalisation d'une série de sondages destinés à confirmer la présence de l'installation préislamique en place que dénonçait le matériel trouvé lors des premiers ramassages superficiels5. La fouille de plusieurs carrés délimités au centre et sur le versant méridional du plateau a en effet montré l'existence de deux épisodes d'occupation bien différenciés, un habitat indigène protohistorique et une nécropole islamique, dont uniquement le premier intéresse cette communication.

 

Bien que les observations disponibles soient assez fragmentaires à cause du caractère restreint des sondages, il paraît évident que l'habitat était composé de plusieurs cabanes aux parois construites à partir d'une charpente de bois et de branchages garnie de torchis. Le plan de ces habitations nous échappe à l'heure actuelle, quoiqu'il semble bien que certaines des excavations artificiellement aménagées dans le substratum rocheux soient à assimiler à des trous de poteaux qui n'attestent toutefois aucun alignement significatif. La détermination de la fonction du reste de ces petites cavités sub-cylindriques, parfois géminées, n'est pas aisée mais elles pourraient sans doute constituer des sortes de silos peut-être creusés à l'intérieur des espaces domestiques. La dernière catégorie de structures horizontales associées à l'installation protohistorique est représentée par une aire de combustion, articulée autour d'un dallage circulaire, dont les traces de rubéfaction et d'altérations thermiques sont manifestes.

 

L'intérêt du matériel archéologique exhumé à Kach Kouch se trouve essentiellement dans la composition des répertoires céramiques où coexistent un stock nombreux et relativement diversifié de types modelés autochtones et plusieurs récipients tournés de tradition phénicienne.

 

 Parmi la poterie indigène il est à noter la présence d'une série de jarres d'emmagasinage assez ouvertes, à fond plat et pied massif à peine marqué, dont le point d'inflexion de l'épaulement est souvent décoré d'incisions ou d'impressions effectuées soit directement sur la paroi soit sur un fin cordon appliqué. Ces vases offrent parfois des éléments de préhension très caractéristiques matérialisés par des cordons en forme de croissants orientés vers le fond. Le type modelé le plus discriminant est cependant représenté par un petit bol caréné, à parois fines et soigneusement polies et fond ombiliqué, qui atteste, outre des trous de suspension percés le long de la carène, un décor géométrique gravé de tendance triangulaire qui couvre la moitié supérieure du récipient.

 

Pour ce qui est des rares céramiques façonnées au tour, le catalogue des formes présentes à Kach Kouch est restreint: jattes à vernis rouge phénicien, urnes à décor peint organisé en bandes et filets parallèles et surtout amphores de type archaïque à épaulement caréné et anses à section circulaire. Le remploi et la persistance de l'utilisation de ces derniers contenants sont prouvés par l'enlèvement presque systématique de leurs étroites ouvertures originales, remplacées par un bord irrégulier plus ouvert obtenu par polissage des cassures qui en résultent, et la présence de trous de réparation. L'ensemble du mobilier archéologique est complété par quelques pièces métalliques en cuivre ou bronze et en fer.

 

La datation de l'occupation préislamique du plateau de Kach Kouch est encore imprécise. Mais les indications chronologiques que suggèrent plusieurs des objets exhumés, notamment les céramiques de tradition phénicienne et certains des récipients modelés dont le vase à décor gravé (voir infra), nous incitent à la placer provisoirement au sein d'une parenthèse allant Lato sensu du VIIIe au VIe siècles av. J.-C.

 

Le site de Kach Kouch et l'horizon indigène protohistorique de la péninsule tingitane: la question du substrat préphénicien

La contribution de l'habitat de Kach Kouch à la connaissance des composantes archéoloqes diie l'horon préphénicien de la péninsule tingitane n'est pas insignifiante. Dans des conditions d'observation favorables, les caractéristiques topographiques de son espace domestique ainsi que la nature de la culture matérielle qui lui est associée peuvent assurément nous aider à individualiser ce substrat protohistorique dans d'autres sites déjà partiellement connus.

 

Le cas de Lixus (Fig. 1) peut sans doute fournir un bon exemple du résultat éventuel de cette approche comparative. Bien que dans un article précédent (Y. Bokbot et J. Onrubia-Pintado, 1992) nous nous soyons appliqués à faire ressortir les arguments archéologiques, certes relativement fragiles, qui semblaient militer en faveur de la présence dans la colline de Tchemmis, et notamment sur la plateforme d'El-Héri, d'une occupation autochtone sous-jacente aux niveaux phéniciens, force est d'avouer que l'acceptation d'une telle possibilité est toujours loin d'être unanime.

 

Si des monuments funéraires du voisinage de Lixus comme la structure localement appelée Al-Kan tara et des objets métalliques tels que l'épée en bronze trouvée par une drague dans l'embouchure du Loukkos peuvent se rattacher sans grands inconvénients à un horizon immédiatement préphénicien, tout le problème se pose au moment où il faut décider, à partir des données de terrain disponibles, de l'existence virtuelle d'un authentique habitat indigène sur les hauteurs de Tchemmis.

 

Mis à part quelques vestiges architecturaux assez controversés (Y.Bokbot et J. Onrubia-Pintado, 1992, p.19-20), toute preuve de la présence d'une probable installation protohistorique ne peut être tirée que de l'inventaire du matériel céramique provenant des couches profondes des sondages les plus expressifs (M. Tarradell, 1960, p.144-159; M. Ponsich, 1981, p.29-38, 55-86 et 97-105) où des types phéniciens archaïques coexistent avec une abondante poterie modelée tout à fait comparable à celle attestée à Kach Kouch8.

 

En effet, dans ces niveaux, de nombreux fragments de récipients à décor gravé9 apparaissent à côté de poteries lisses, parfois polies, ou sommairement ornées à partir d'un catalogue de techniques qui nous est familier: incisions, impressions, applications de cordons décorés ou unis dont une variante à vocation fonctionnelle dessine, sur la paroi ou le bord des vases, une caractéristique préhension en forme de croissant (Y. Bokbot, 1991, p.163-173).

 

Il est certain que les séquences stratigraphiques proposées par M. Tarradell et M. Ponsich ne font aucunement état d'une quelconque rupture géo-archéologique au sein de ces couches basales, fréquemment assez puissantes, et insistent ouvertement sur le net mélange du matériel modelé et tourné dans des dépôts uniformes auxquels ils accordent une attribution incontestablement phénicienne. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il paraît aussi légitime de se demander, dans l'état actuel des recherches, si les observations de terrain de ces deux auteurs ont été suffisamment fines pour arriver à isoler une occupation protohistorique très probablement en relation, comme à Kach Kouch, avec des habitations légères dont les traces, quant elles n'ont pas complètement disparu, se sont à peine conservées.

 

En plus, il ne semble pas irréprochable sur le plan méthodologique de faire uniquement appel à l'indice fourni par une surreprésentation intuitive des productions tournées pour déterminer, faute de garanties d'une récupération exhaustive des fragments modelés et de décomptes statistiques fiables, le caractère phénicien des niveaux les plus anciens de Lixus. Car, bien que les essais opérés dans des séquences cohérentes et bien datées semblent parlants (D. Ruiz Mata, 1986a et 1986b; M.-E. Aubet Semmler, 1989), peut-on quantifier dans l'état actuel de nos connaissances archéologiques sur la colline de Tchemmis le seuil du pourcentage relatif des céramiques façonnées à la main et des types tournés qui marquerait, à lui seul, la transition entre un horizon indigène éventuellement préexistant et l'épisode colonial ultérieur?

 

Une bonne partie des formes et des décors des céramiques modelées indigènes de Kach Kouch ou de Lixus est aussi présente dans des installations à matériel punique plus récentes telles que Sidi Abdesselam el-Bahr et Emsa (Fig. 1) (M. Tarradell, 1960, p.75-95; Y. Bokbot, 1991, p.163-173 et 183-188). Mais, en toute logique, ce même assemblage de types et d'éléments ornementaux se retrouve dans les niveaux protohistoriques, et dans bien des contextes archéologiques d'habitude désignés comme "historiques", de plusieurs grottes de la péninsule tingitane: certaines des cavités du complexe du Cap Achakar (A. Gilman, 1975, p.81-82 et 96-100; Y. Bokbot, 1991, p.121-136), Ghar Cahal (M.Tarradell, 1954; Y. Bokbot, 1991, p.95-106; J. Onrubia-Pintado, sous presse), Kaf Taht el-Ghar (M. Tarradell, 1957-1958; Y. Bokbot, 1991, p.109-119) ou Kaf al-Kanadil10

 

Le fait que des céramiques comparables intègrent les mobiliers attribuables à l'horizon des cistes mégalithiques de la région de Tanger nous oblige à aborder brièvement la question des structures funéraires protohistoriques de la péninsule tingitane. Quoique la chronologie initiale des nécropoles à cistes tangéroises (Fig. 1) demeure confuse, il semble évident qu'une architecture et des rites dont l'origine remonte peut-être au plein Age du bronze se perpétuent sans solution de continuité jusqu'à l'époque phénicienne (M. Ponsich, 1970, p.37-168; J. Onrubia-Pintado, 1988; Y. Bokbot, 1991, p.276-292) à tel point que ce n'est qu'assez artificieusement qu'une nette limite peut être fixée entre les complexes indigènes précoloniaux et les ensembles ruraux "phénicisés".

 

Non seulement la topographie et la typologie des tombes et les rites funéraires sont analogues voire identiques mais aussi la composition des mobiliers offre des affinités frappantes11. Ici, le problème de l'établissement d'une scission pertinente entre les fonds indigènes et les horizons coloniaux à partir des modèles d'acculturation apparemment explicités par les répertoires matériels se pose à nouveau dans tout son acuité.

 

Il est par conséquent compréhensible" que lorsque les mobiliers funéraires font défaut, nous sont complètement inconnus ou semblent banals sur le plan archéologique, la continuité typologique et rituelle attestée dans les sépultures à cistes mégalithiques ou paramégalithiques empêche toute datation sûrel2. Cette même homogénéité est observable dans les coffres, les caissons ou les "dolmens" dits protohistoriques qui parsèment ça et là le territoire de la péninsule tingitane sans que la présence d'une superstructure tumulaire puisse constituer, à elle seule, un indice chronologique fiable et discriminant (G. Souville, 1973, p.31-60; Y. Bokbot, 1991, p.294-298).

 

De leur côte les grands tertres, qui renferment parfois des "chambres" funéraires analogues, sont à assimiler à l'émergence de formations socio-économiques de plus en plus complexes. Les monuments funéraires attribuables à ces chefferies autochtones débordent du point de vue temporel sur la période libyco-punique sinon punico-maurétanienne comme le prouvent, légèrement au-delà de la limite sud de la région concernée par notre étude, les nombreux exemplaires répertoriés dans la plaine du Gharb (G. Souville, 1973, p.49-60; M. Ponsich, 1983; Y. Bokbot, 1991, p.302-318). Dans la péninsule tingitane, cette imprécision chronologique embrasse aussi bien le fameux tumulus de Mzora 13 (M. Tarradell, 1952) que celui de Beni Maâdane 14 (A. Ghirelli, 1931).

 

Les recherches que nous avons entreprises dans la vallée de l'oued Laou nous ont permis de mettre au jour un habitat dont le caractère autochtone ne fait aucun doute, largement contemporain de la diaspora commerciale phénicienne vers les confins de la Méditerranée occidentale. La nature, la signification et les implications des relations que ces colons précoces ont entretenues avec le petit groupe humain établi sur le plateau de Kach Kouch - peut-être un modeste lignage ancestral des Troglodytes habitant les sources du Lixus ou des Sokossii qu'évoquent les textes classiques(J. Desanges, 1962, p. 39-40) - nous échappent actuellement.

 

Mais les répertoires de matériels exhumés dans ce site prouvent bien l'existence d'une série de rapports probablement non occasionnels liant les populations indigènes locales avec un peuplement phénicien relativement archaïque. En revanche, aucune trace d'une installation assimilable à ces sociétés allochtones n'a pu être attestée dans le bas Laou qui, d'après les modèles d'occupation du territoire que, pour cette phase initiale, nous connaissons en détail de l'autre côté de la mer d'Alboran, paraît cependant remplir plusieurs des conditions topographiques systématiquement requises, dans leurs implantations spatiales, par les marchands et les agents orientaux.

 

Cette absence, qu'il faudrait expliquer de façon convenable en faisant intervenir à la fois des éléments géo-écologiques (paléogéographie littorale, conditions de navigation...) et des arguments socio-économiques, (densité du peuplement autochtone, ressources de l'hinterland), ne fait qu'insister sur la nécessité d'approfondir l'élucidation de l'origine, la dynamique et la chronologie de l'expansion et la colonisation phéniciennes au Maroc.

 

En attendant, les traits constitutifs du fonds autochtone qui reçoit les premiers stimuli exogènes commencent à se dessiner avec netteté dans la péninsule tingitane. II est difficile de savoir à présent ce que la conformation de ce faciès - que nous proposons de nommer Bronze récent libyque - doit aux processus d'évolution locale ou aux influences ibériques atlantiques et sud-méditerranéennes, en apparence d'une omniprésente continuité dans le nord ouest marocain depuis tout au moins le Chalcolithique (J.Onrubia-Pintado, 1988). Nous avons effectivement vu que des traces inégalement pertinentes de cet horizon peuvent assurément être retrouvées aussi bien à Lixus que dans d'autres sites d'habitation, et même funéraires, de la région. Mais ce n'est qu'avec Kach Kouch que la question de l'identification du substrat protohistorique immédiatement préphénicien de la péninsule tingitane peut enfin dépasser le stade des observations de terrain difficilement vérifiables, des descriptions archéologiques fréquemment artificieuses et des reconstructions historiques forcément volontaristes.

 

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Notes infra- paginales :

 

1. Pour ce qui est du domaine de l'archéologie médiévale et islamique, plusieurs missions de terrain ont été réalisées dans la vallée de l'oued Laou dans le cadre du projet de recherches mené depuis 1982 par une équipe mixte maroco-française dans la région des Jbala-Ghomara. Cette équipe, intégrée par des chercheurs rattachés à l'I.N.S.A.P. (Rabat) et à la Casa de Velasquez (Madrid), est placée sous la responsabilité de Abd el-Aziz Touri, directeur du Patrimoine du Maroc.

 

2. Les résultats préliminaires de cette reconnaissance, vraisemblablement entreprise en 1920, figurent dans un rapport dactylographié, intitulé Viaje de estudio desde el rio "Lau" al rio "Nekor", adressé par C.L. de Montalban à la Junta Superior de Monumentos Historicos y Artisticos du gouvernement espagnol. Une copie de ce manuscrit inédit est actuellement déposée au Musée de Tétouan où nous avons eu l'occasion de la consulter en 1987. Le texte, composé de vingt pages, n'est pas daté mais sa rédaction a dû très certainement avoir lieu en 1921.".

 

3. Seul le pont situé près du confluent de cette rivière avec l'oued Laou a pu être étudié de façon détaillée. Sa chronologie médiévale semble indiscutable (A. Bazzana et all., 1983-1984, p.376 et 406-410).

 

4. Ce projet de recherches, dirigé par Mohammed-Abdeljalil El Hajraoui, conservateur du Musée Archéologique de Rabat, s'insère à présent dans le cadre du Protocole de Coopération Maroco-Espagnole en matière d'Archéologie et de Patrimoine.

 

5. Ces travaux archéologiques, dirigés par l'un de nous (Y.B.) et dont l'autre (J. O.-P.) a assuré la codirection scientifique, sont encore en cours. L'analyse du matériel étant loin d'être conclue, nous ne pouvons livrer ici que des données préliminaires dont seule leur incontestable nouveauté justifie une présentation en avant-première assurément quelque peu prématurée. Quoi qu'il en soit, ces indications ne peuvent avoir qu'un caractère succinct et fragmentaire car, tel que cela a été accordé, la priorité de la publication de toute étude détaillée faisant état de ces recherches doit impérativement revenir à la monographie qui sera consacrée aux résultats de l'ensemble des prospections archéologiques réalisées dans la vallée de l'oued Laou par l'équipe mixte maroco-espagnole.

 

6. Cette intéressante nécropole est constituée de six fosses étroites et peu profondes aménagées, au sommet de la plateforme, dans le substratum calcaire. Elles renferment les restes de trois adultes et trois enfants inhumés en décubitus latéral droit allongé. Tous les individus sont orientés suivant un axe sud-nord, le visage tourné vers l'est, leurs mains étant croisées sur la face frontale du bassin. Les fragments de cuir franchement associés à deux des squelettes mettent en évidence l'existence d'une pratique funéraire consistant à ligoter le cadavre, peut-être préalablement enveloppé dans un linceul, avec une courroie. Bien que l'étude anthropologique et la datation de ces restes humains soient encore en cours, le fait que les traditions locales ne se fassent pas l'écho du caractère sacré de ce lieu, contrairement à ce que nous avons pu constater dans le cas de la plupart des nécropoles islamiques désertées de la région, parfois évidemment médiévales, suggère une chronologie en apparence archaïque pour ces inhumations.

 

7. Du point de vue technique, le qualificatif "gravé" désigne de façon exclusive la présence d'un motif entaillé dans la masse de l'argile après cuisson ou séchage complet de la pâte. Les céramiques à décor gravé sont quelquefois appelées à graffito

 

8. Il serait certainement très simpliste de mettre en rapport univoque la totalité de la poterie modelée trouvée à Lixus avec un horizon indigène, car plusieurs indices insistent sur la production d'une céramique commune façonnée à la main dans des ateliers proprement coloniaux. A cause de ses implications socio-économiques, ce fait est particulièrement intéressant dans le cas d'un ensemble de larges assiettes grossières à fond extérieurement multiforé (Y. Bokbot, 1991, p.166). En Andalousie, des pièces tout à fait identiques exhumées dans des contextes phéniciens à Morro de Mezquitilla et au château de Dona Blanca ont été interprétées comme des témoignages d'une activité métallurgique potentiellement liée au processus de réduction des minerais de cuivre (D. Ruiz Mata, 1989, p.237-238).

 

9. La présence de ces céramiques à décor gravé à Lixus et à Kach Kouch paraît confirmer leur caractère indigène. Il reste tout de même à expliquer de façon satisfaisante l'apparente récurrence de leur association avec des productions phéniciennes et la portée réelle des rapports qu'elles entretiennent avec les poteries sud-ibériques analogues. En Andalousie ces récipients gravés, caractéristiques du Bronze récent local, accompagnent souvent les céramiques modelées à décor réticulé poli et à ornementation peinte typiques des contextes archéologiques autochtones de la phase orientalisante avec lesquelles elles présentent diverses affinités typologiques et esthétiques (M. Pellicer Catalan, 1989). Quoique les vases a graffito ne soient pas absents des répertoires autochtones qui côtoient les mobiliers coloniaux dans plusieurs des installations phénico-puniques du littoral andalou, nous ne croyons absolument pas que la présence au Maroc d'une poterie semblable puisse être mécaniquement mise en rapport avec un circuit d'échanges sélectif lié aux navigateurs phéniciens.

 

10. Il s'agit d'une intéressante grotte que nous avons localisée en 1988 lors de nos prospections dans la vallée de l'oued Laou. Ce site, qui avait déjà fait l'objet de ramassages archéologiques incontrôlés, a livré une grande quantité de céramique, quelquefois décorée, dont plusieurs exemplaires semblent pouvoir être qualifiés de protohistoriques au sens large. Parmi ceux-ci nous classerions volontiers, entre autres récipients, un bol à carène haute et deux pots hémisphériques munis d'un bec tubulaire provenant, tous les trois, de l'une de ces anciennes "récoltes" et déposés, jusqu'à à une date récente, à la Faculté des Sciences de Rabat où notre ami Abdellah Salih, chercheur à la Direction du Patrimoine du Maroc, a pu les repérer. Bien que l'origine des vases sans col à goulot verseur ne soit pas suffisamment claire pour l'ensemble de l'Afrique du Nord, l'existence au Maroc de vases à bec tubulaire de chronologie protohistorique paraît incontestable. Hormis Kaf al-Kanadil, cette présence est en outre certifiée à Ghar Cahal (J. Onrubia-Pintado, sous presse) et aussi à Kach Kouch.

 

11. En ce qui concerne la céramique, l'apparentement des bols polis protohistoriques et de l'écuelle façonnée à la main exhumée dans une ciste "phénicienne" du type 1 de M. Ponsich (1970, p.90) est évident. Par ailleurs, le pot modelé et décoré qui constitue le seul représentant du type VII défini par M. Ponsich (1970, p.118 et 124) n'est qu'une réduction des vases à épaulement et fond plat avec pied massif indiqué que nous connaissons, entre autres sites à céramiques protohistoriques indigènes, à Kach Kouch ou à Lixus.

 

12. Tel est le cas des cistes "mégalithiques" trouvées près du barrage d'Ali Thalat, dans la haute vallée de l'oued Laou (voir supra).

 

13. Comme le signalait déjà à juste titre M. Tarradell (1952, p.237-239), la chronologie de ce monument funéraire, quoique controversée, ne peut être considérée que préromaine stricto sensu. Il est en effet tout à fait inadmissible de la faire remonter, au nom de confuses méthodes de datation "astronomiques" (nous supposons toutefois que ce qualificatif ne concerne nullement le prix des analyses!), au Bronze ancien ou moyen comme certains collègues le suggèrent (J.-P. Daugas et all., 1989, p.687).

 

14. Ce monument, situé près de Tétouan, serait, d'après les descriptions disponibles qui demandent à être vérifiées, une sorte de bazina à deux gradins et plan carré. Sa localisation pourrait le mettre en rapport avec le gîte de plomb argentifère tout proche. Selon des renseignements oraux que nous avons pu obtenir auprès des responsables de la Délégation du Ministère de l'Energie et des Mines de Tétouan, celui-ci est susceptible de fournir des traces d'anciennes exploitations minières.

 

DISCUSSION

 

Intervention de M. LENOIR

 

Les découvertes de MM. Bokbot et Onrubia-Pintado sont importantes à plus d'un titre. Elles nous révèlent, même encore partiellement, un site rural datable des VIIIe et VIe siècles avant notre ère, ce qui est effectivement une première dans l'archéologie marocaine où les témoins de cette période ont toujours été découverts dans des milieux urbanisés par la suite, recouverts donc par une stratigraphie importante - ce qui n'est pas le cas du site de Kach Kouch où seule une nécropole musulmane est venue perturber quelque peu un niveau antique unique. D'autre part, elles vont permettre d'utiles comparaisons avec d'autres sites où le même horizon chronologique et culturel a été repéré; on pense naturellement à Lixus. Je suis en effet frappé par la similitude du matériel recueilli à Kach Kouch et dans les niveaux profonds du «sondage du caroubier » : céramique autochtone modelée et tournée, céramique tournée à vernis rouge phénicien «barniz rojo», amphores dites de tradition phénicienne (Mafia OA = Kouass II): on est donc bien dans le même cadre chronologique et culturel. Des études statistiques sur les pourcentages des divers matériels sur les sites différents seront fort utiles pour l'étude différenciée des « modes de contact et processus de transformations " des sociétés autochtones et des Phéniciens. On pourra également s'interroger sur la nature exacte des «colonies phéniciennes » établies sur les côtes marocaines.

 

On attendra également avec grand intérêt de la poursuite et de l'élargissement de la fouille des informations sur la structure de l'habitat mis au jour qui, d'ores et déjà, avec ses murs de pisé armés de branchages et soutenus par des poteaux, est lui aussi un unicum dans l'archéologie marocaine.

 

Réponse de M. ONRUBIA-PINTADO De toute évidence je ne peux que souscrire aux grandes lignes de l'intervention de M. Lenoir. Mais j'ai tout de même deux commentaires à porter à certaines des questions qu'il a soulevées.

Quant aux interférences éventuelles entre nos domaines de recherches respectifs, il est indéniable que, travaillant sur des périodes de transition telles que la « colonisation» phénicienne, l'approche du protohistorien, qui est la nôtre, et celle de l'antiquisant ne peuvent que se recouper tout en restant complémentaires.

 

En ce qui concerne notre affirmation, quelque peu prétentieuse certes, faisant allusion à la priorité de Kach Kouch par rapport à Lixus dans le cadre de la définition du substrat protohistorique pré phénicien au Maroc septentrional, il faut signaler qu'à Kach Kouch le caractère indigène de l'occupation ne fait absolument pas de doute. À Lixus, l'absence d'observations stratigraphiques fines ne nous permet pas, à l'heure actuelle, d'individualiser l'existence virtuelle d'une installation exclusivement autochtone, même si celle-ci est suggérée par l'analyse du matériel archéologique provenant des couches profondes de différents sondages. Ce cons

Commentaires (1)

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