le Reporter hébdo, découvertes archéologiques de l'Oued Beht

                        

         le Reporter du 20 Décembre 2007

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Dans le pays Zemmour : Découvertes archéologiques inédites

 

 

 

Youssef Bokbot*, directeur du programme de recherche intitulé « Néolithique et Protohistoire des plateaux de Zemmour » nous présente les résultats des fouilles archéologiques effectuées dans la grotte d’Ifri n’Amr dans la province de Khémisset.

 

 

DANS le cadre du programme de recherche intitulé : « Néolithique et Protohistoire des plateaux de Zemmour », développé par l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine, qui dépend du Ministère de la Culture, des fouilles archéologiques ont été effectuées dans la grotte d’Ifri n’Amr ou Moussa (Commune d’Aït Sibern, Oued Beht, Province de Khémisset), et ce du 16 octobre au 18 novembre 2007.

 

Cette campagne de 2007, fait suite aux premières fouilles d’Avril 2006, où l’équipe de chercheurs marocains avait fait des découvertes exceptionnelles, de structures d’habitat, de sépultures et de mobilier archéologique, appartenant tous à l’âge du cuivre et plus particulièrement à la civilisation campaniforme. A noter que cette civilisation très connue dans la péninsule ibérique, l’Europe occidentale et centrale, n’a atteint dans toute l’Afrique du Nord que le Maroc seulement.

 Les travaux de fouilles d’octobre-novembre 2007, ont permis la découverte de squelettes humains, de faune sauvage et domestique, de céramique, d’industrie osseuse et d’objet métallique, datant du chalcolithique (3000-1800 avant J.C).

 Lors de cette campagne 2007, la moisson anthropologique a été capitale. En effet, deux sépultures d’enfants en bas âge ont été mises au jour. Les jeunes individus étaient inhumés selon les rites préhistoriques de l’époque, couchés sur le dos en position fœtale. L’excellent état de conservation des ossements est de nature à nous procurer des données anthropologiques de première importance dans la connaissance de la population responsable de la civilisation campaniforme au Maroc.

 La faune découverte dans la grotte, est riche et diversifiée, comprenant des mammifères sauvages, dont certains ont disparu récemment du Maghreb, tels que l’ours, la panthère, le kob, le Bubale et le Taurotragus oryx, ainsi que des espèces qui y vivent encore, tels que le sanglier, le porc-épic, la gazelle cuvier, l’hérisson, la tortue, les oiseaux rapaces, l’autruche, l’escargot et des invertébrés marins consommés en tant que complément culinaire. Les animaux domestiqués par l’Homme sont représentés dans la grotte par le chien et la chèvre.

 La céramique, de type campaniforme (forme de cloche renversée), est loin d’imiter les styles internationaux venus de la péninsule ibérique. Les décors semblent témoigner d’une tradition locale, et s’apparentent à ceux de la grotte de Dar-es-Soltane, sur le littoral de Rabat. L’industrie osseuse est très abondante dans la grotte d’Ifri n’Amr ou Moussa. Elle est représentée majoritairement par des aiguilles à chas et des poinçons, qui ont servi à coudre les habits et à décorer la céramique.

 

La fouille a révélé des nodules de métal en cuivre rouge et en plomb, qui pourraient supposer la fonte du métal sur place.

 

Il est à noter que les vestiges que nous avons mis à jour dans la grotte d’Ifri n’Amr ou Moussa (Commune des Aït Sibern, Oued Beht) témoignent de l’essor de la civilisation campaniforme (5000-3500 avant le présent) dans cette partie des plateaux de Zemmour. A noter que cette civilisation de l’âge du cuivre s’est répandue dans toute l’Europe occidentale et une partie de l’Europe centrale. Le Maroc présente l’originalité d’être le seul pays d’Afrique à avoir été atteint par cette culture protohistorique. Ces dernières découvertes aux environs de Khémisset, vont sans aucun doute enrichir le débat au sein de la communauté scientifique internationale, concernant l’origine de cette civilisation et de son extension.

 

Ces résultats contribueront sans aucun doute, à une meilleure compréhension de la portée réelle des modifications des stratégies d’occupation et de gestion du territoire, liées à l’introduction de la métallurgie et à l’ouverture sur la méditerranée ainsi que sur l’Atlantique par des échanges commerciaux, à partir des civilisations de l’âge du cuivre jusqu’à la période phénicienne.

 

(*) Chef de Département de Préhistoire Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine et Président de l’Association Zemmour pour l’Archéologie.

 Bouchra Elkhadir 

 Mis en ligne le 23 décembre 2007

Commentaires déjà émis pour cet article :

 24 décembre 2007, Par : PROVENZANO :

 Excellent article, bien écrit, bien document et bien ciblé qui permet à la communauté (archéologique et autres) de connaître rapidement les importantes découvertes de cette grotte. Nous attendrons avec impatience la poursuite des fouilles et la publication des travaux sur Ifri, effectivement de portée internationale.

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