L'art rupestre « libyco-berbère » au Maroc: État des connaissances

 

Abdellah Salih / Renate Heckendorf

 

L'art rupestre « libyco-berbère » au Maroc: État des connaissances

 

 

 

 

1. Introduction

 

 

Au début de l'été de 1874, le rabbin Mardochée es-Serrur, voyageur et homme d'affaires originaire d'Akka (Sud marocain), recevait à Paris un entrainement scientifique de base (Sémach 1928) de la part de l'explorateur H. Duveyrier. En ce moment-là, ce dernier connaissait déjà les premières œuvres d'art rupestre découvertes au Sahara (Duveyrier 1876, 141; Muzzolini 1995, 28,431). Au cours de la même année, Mardochée partait, au nom de la Société de Géographie de Paris, en voyage d'exploration à travers la province du Sous (Sud marocain). Pendant son voyage, il effectua, probablement aux environs de Guelmim, des estampages de gravures rupestres. Peu après, H. Duveyrier (1875; 1876) prit soin de les publier dans le Bulletin de la Société. Parmi les découvertes, il y avait des inscriptions en caractères « tifinagh » (Duveyrier 1876, 143) et peut-être des gravures rupestres « libyco-berbères »

 

1.1. L'art »libyco-berbère« dans le cadre du classement de l'art rupestre Nord-Africain et saharien

 

 

Par la suite, les progrès importants quant à l'investigation (Muzzolini 1995, 27-42) de l'art rupestre nord-africain engendraient rapidement des tentatives de classification et de datation. La notion de gravure »libyco-berbère« 1 date de cette période. Malheureusement, on doit constater avec G. Aumassip (1993, 23) que « l'appellation libyco-berbère donnée parfois à la phase récente de l'art rupestre entraîne une certaine ambiguité soit qu'elle souligne les divergences entre le Nord de l'Afrique et le Sahara, soit que les auteurs ne l'utilisent pas pour désigner les mêmes ensembles ».

 

Les premières classifications, établies principalement par G.-B.-M. Flamand (1921), L. Frobenius et H. Obermaier (Frobenius/Obermaier 1925; Obermaier 1931), se basaient sur les gravures de l'Atlas saharien. Parmi quatre groupes principaux, G.-B.-M. Flamand (1921, 126) distingua un groupe récent, dit « camélin », de »gravures et inscriptions libyco-berbères«. Il est caractérisé par des gravures de style schématique et à patine claire (Muzzolini 1995, 87) et se subdivise en images « protohistoriques » ou « prélibyques » et « historiques » ou « libyques ».

 

En revanche, le groupe suivant comporte des inscriptions et dessins »arabes« ou »historiques« et »modernes« et des inscriptions et graffiti »récents« ou de »légionnaires«. De même, d'après H.Obermaier (1931, 65-(6), les signes et dessins »libyco-berbères« constitueraient un groupe plus ancien que les inscriptions »arabes«. Son groupe « libyco-berbère » se subdivise en une phase récente, de style géométrique et schématique, ainsi qu'une phase ancienne, de style un peu plus naturaliste. Peu après, T. Monod développa ces conceptions à partir de l'art rupestre de l'Adrar Ahnet dans le Hoggar et proposa le classement suivant (Monod 1932, 100): L'époque « caméline » voire «équine», qualifiée « d'alphabétique » et « du javelot », correspond largement au groupe «libyco-berbère» de ses prédécesseurs. Elle se subdivise en un groupe récent ou «arabo-berbère» et un groupe ancien ou «libyco-berbère». A son tour, ce dernier fut subdivisé plus tard en une période ancienne »du cheval« et une période récente »du chameau« (Lhote 1984, 650).

 

Enfin, H. Lhote (Lhote et al. 1989) développa les conceptions classificatoires qui restèrent déterminantes par la suite, en améliorant la séquence établie par T. Monod (Monod 1932, 100-139). Son classement est basé principalement sur la succession dans le temps de certaines espèces d'animaux, interprétées dans le sens de »fossiles directeurs« (Lhote 1978, 71; 1984, 650;

 

Lhote et al. 1989, 932). Ainsi, le »Caballin« ou la »période caballine« se caractérise par l'apparition du cheval à l'état domestique. Au Sahara central, elle se subdivise en quatre phases, à savoir la phase des chars au galop volant2, puis des chars schématiques3, enfin, vers le milieu du 1er millénaire avant notre ère, des cavaliers avec javelots, boucliers ronds et couteaux pendant de bras et finalement la phase de transition cheval-chameau. Les figurations peintes ou gravées des personnages seraient nettement moins naturalistes que celles de la période précédente (Lhote et al. 1989, 931-934). Le »Camélin« ou la »période caméline« se distingue par la présence du dromadaire. Elle débuterait vers le milieu du 1er siècle avant notre ère et perdurerait jusqu'à nos jours. De style »décadent«, les peintures ou les gravures à patine » claire « auraient pour thème principal le méhariste ou le cavalier, armé du javelot, du bouclier rond ou du couteau pendant de bras. Elles seraient souvent associées aux caractères de type »libyco-berbère«.

 

 

 

 

A la différence de ses prédécesseurs, A. Muzzolini définit une »école du guerrier libyen« 5 qui est sans importance pour le classement de l'art rupestre au Maroc. A notre connaissance, l'unique exception éventuelle à ce constat est le cas d'un panneau de la station d'Imi n'Tart (No. 15.0175) qui montre deux anthropomorphes à corps triangulaire (Fig. 2). En revanche, cet auteur (Muzzolini 1995, 144-47) conserve, toutefois, sous quelques réserves 6, la notion de l'art rupestre »camélin« qui débuterait au début de notre ère. Dans le Sud marocain, la période ancienne de ce »camélin« serait caractérisée principalement par des gravures de style »fruste«, à patine »claire« ou »moyenne«, qui représentent des dromadaires ou des cavaliers armés de javelots, ainsi que par des inscriptions »libyco-berbères anciennes« (Muzzolini 1995, 146).

 

Le »camélin récent« se distinguerait par la présence de caractères en »tifinar récent« ainsi que des thèmes du dromadaire monté et du cavalier à bouclier rond ou au javelot, voire de sujets modernes comme les camions. L'exécution de cettes gravures, essentiellement poinçonnées et à patine »très claire«, serait généralement »très sommaire« (Muzzolini 1995, 147).

 

En fait, depuis quelque temps, toute la classification »traditionnelle « (Muzzolini 1995, 32) de l'art rupestre saharien est de nouveau fort controversée. Ainsi, le schéma évolutif présenté par R. Nehren (1992-1, 237) était une tentative d'harmoniser, d'une manière purement hypothétique, les différents systèmes chronologiques contradictoires. D'après ce schéma, les périodes du »Bubalin« et du »Bovidien« seraient largement contemporaines. Dans le Sud-maghrébin, l'art rupestre prénéolithique débuterait au 7e millénaire avant notre ère, l'art néolithique au cours de la deuxième moitié du 6e millénaire.

 

La période caballine, caractérisée par des représentations schématiques d'hommes, de chars et de chevaux, aurait pris la relève vers la fin du 2e millénaire avant notre ère. Au début de notre ère, elle aurait été relayée par les représentations schématiques de guerriers dits »libyques« et de dromadaires ainsi que par les caractères en »tifinagh« de la période caméline. Évidemment, ce schéma ne change rien à l'équivoque qui concerne aussi bien les critères servant à les définir que la nature des différentes unités définies par les auteurs intéressés.

 

Dans le texte qui suit, nous nous efforcerons de mieux cerner les caractéristiques du groupe d'art rupestre dit »libyco-berbère« comme il fut jusqu'alors identifié au Maroc.

 

1.2. Aperçu général des découvertes, définitions et datations de l'art rupestre »libyco-berbère« au Maroc

 

 

Selon A. Rodrigue (1988, 205), »les premières découvertes de stations rupestres comportant des gravures de style libyco-berbère ont été effectuées par des militaires français, lors des opérations de pacification [sic], de 1929 à 1934«.

 

Or, G.-B.-M. Flamand (1921, 292), dans son aperçu précoce de l'art rupestre du Maroc, mentionna déjà des gravures »néolithiques«, »libyco-berbères« et »arabes« aux environs de Figuig 7 et attribua les découvertes anciennes, effectuées par le rabbin Mardochai-es-Serrur dans la région du T azeroualt dans la province du Sous (Flamand 1921, 295), au groupe »néolithique« et au groupe »libyco-berbère« qu'il avait défini auparavant.

 

Considérant les gravures »arabo-berbères« sans importances, R. Perret (1937, 107-108) renonça à les porter sur sa carte de distribution de l'art rupestre de l'Afrique du Nord. Toutefois, pour certains sites, son classement n'est pas resté sans équivoque. La carte dressée par R. Perret (1937, 1 Carte en annexe) spécifie, par ordre chronologique, les gravures »à faune soudanaise« du Sahara septentrional, central et méridional, ainsi que les gravures »libyco-berbères« liées aux caractères en »tifinagh«. Pour ce qui est de la région située au Sud et à l'Est de l'Atlas, elle cite seize sites d'art rupestre. Ces derniers correspondent, en partie, aux stations qui figurent dans l'inventaire national des sites rupestres du Maroc (Catalogue 1977). Notamment, au sein des stations de Zenaga (No.15.0003) et de Jbel Ida ou Taltas, des gravures »libyco-berbères« et des caractères en »tifinar« se trouveraient à côté de représentations de faune »soudanaise«. En outre, les sites de Taouz. (No. 15.0009-10), d'Igherm de l'Anti-Atlas (No. 15.0112-14), de Jbel Taskala ou Azrou Klan (No. 15.0220) et de Jbel Tabayoudt appartiendraient à l'étage récent.

 

Peu après, A. Ruhlmann (1939, 83-86) résuma l'état des recherches au Maroc. Par ailleurs, il compléta la liste des sites d'art rupestre établie par R. Perret (1937, 1 Carte en annexe) en y ajoutant, entre autres, les sites à »graffiti« d'Agdz (Ruhlmann 1939, Fig.61) et du Jebel Siroua (Ruhlmann 1935; 1939, Fig. 62). Parmi les gravures »proprement dites«, anciennes, dont les caractères stylistiques, techniques et thématiques seraient largement conformes aux gravures connues ailleurs en Afrique du Nord, il distinguait l'art »des chasseurs« et l'art »d'une civilisation de pasteurs«. Par ailleurs, les »graffiti libyco-berbères« (Ruhlmann 1939, 88), c'est-àdire des dessins schématiques, de style géométrique, d'une technique »rudimentaire« et d'une facture »peu artistique«, seraient de peu d'importance. Ils seraient caractérisés par la disparition de la faune »soudanaise« et par la présence du dromadaire en association avec des caractères en »tifinar«. Pour ces raisons (Ruhlmann 1939, 93-96), ces »graffiti « dateraient du 4e siècle de notre ère.

D'après H. Lhote (1964, 242), l'art rupestre du Sud marocain se diviserait en différents ensembles qui correspondraient au cinq périodes suivantes: L' «école des petites dimensions« de la »période bubaline«, puis la »période bovidienne« avec, dans sa phase »tardive«, la »période des chars«, enfin la »période libyco-berbère«, caractérisée par le cheval et les caractères alphabétiques, et finalement la »période berbère« avec des inscriptions arabes et avec des bijoux et des armes encore en usage.

 

A. Rodrigue (1988, 203-204) constata certaines carences quant aux connaissances actuelles du »style rupestre libyco-berbère«. Elles seraient dues principalement au désintérêt général à l'égard d'un art souvent qualifié de »décadent« ainsi qu'à la multitude de gravures »libyco-berbères« dispersées sur un grand nombre de stations du Sud marocain. Au Maroc, l'art »libyco-berbère« serait caractérisé par des figurations généralement piquetées, rarement polies, de cavaliers à boucliers ronds, figurés au combat, à la chasse ou à la course.

 

Récemment, F.-Z. Sbihi Alaoui et S. Searight (1997, 92-93) proposèrent une subdivision de l'art rupestre marocain en quatre groupes. Leur groupe D des gravures dites »libyco-berbères« se compose de figurations poinçonnées de cavaliers, de fantassins et de dromadaires d'une taille d'environ 30 cm. En raison des représentations de chevaux domestiques ou de dromadaires, elles dateraient au plus tôt du 1er millénaire avant notre ère ou du début de notre ère. Leur classement exclut explicitement les images considérées »inclassables« et les inscriptions poinçonnées ou polies en caractères »tifinar« ainsi que les représentations schématiques de chars qui débuteraient au milieu du 1er millénaire avant notre ère.

 

2. Les sites d'art rupestre »libyco-berbère« au Maroc

 

 

Notre tour d'horizon des sites d'art rupestre »libyco-berbère« au Maroc comprend un bref aperçu des stations où ce type de gravures fut identifié et une présentation succincte de découvertes récentes. Il concerne essentiellement l'art figuratif géométrisé et les formes abstraites qui y sont associés. Les représentations de chars  ainsi que les inscriptions en caractères de type »libyco-berbère« qui posent des problèmes particuliers, ne seront pas pris en considération.

 

Dans la partie nord-occidentale du Maroc et dans le Moyen Atlas, on connaît quelques sites d'art rupestre Il peints ou gravés. Toutefois, hormis quelques inscriptions »libyques«, signalées aux environs de Tetouan et de Larache Gaudio 1952), aucune station avec des gravures rupestres »libyco-berbères« n'y fut identifiée jusqu'à ce jour. Pour ce qui est du Maroc oriental, nous avons déjà mentionné les pétroglyphes »libyco-berbères« et »arabes« du site du Col de Zenaga (No. 15.0003), aux environs de Figuig (voir ci-dessus). Par ailleurs, à Assif Metlili (No. 15.0008), dans la région de Talsint, A. Simoneau signala en 1973 des figurations de cavaliers armés de lances, de dromadaires et de palmiers qu'il qualifia de »libyco-berbère« et »arabo-berbère«.

 

 

2.1. Le Haut Atlas

 

 

Au sein du Haut Atlas, de très importants ensembles de gravures rupestres se trouvent dans les hauteurs de l'Atlas de Marrakech, principalement à l'Oukaïmeden, au plateau du Yagour et au Jbel Rat. D'autres concentrations de pétroglyphes sont situées dans la plaine du Haouz, aux environs de Marrakech. En outre, on connaît plusieurs abris peints dans la région d'Amezmiz. Pour la plupart, il ne s'agit pas d'un art rupestre considéré comme »libyco-berbère«. En revanche, l'élément privilégié de la datation avancée par A. Muzzolini (1995, 378-383) pour l'art rupestre du Haut Atlas est l'association d'inscriptions» libyco-berbères« et de figurations schématiques de chars avec certaines gravures de l'Atlas et des régions sahariennes du Maroc. Ainsi, cet auteur situe les pétroglyphes atlasiques à la fin du 1er millénaire av. J.-C

 

L'aire rupestre du jbel Rat

 

Le Jbel Rat est situé dans le Haut Atlas central, à une quarantaine de kilomètres à l'est de la petite ville de Demnate. Il se présente sous forme d'un plateau tabulaire isolé culminant à 3797 m. L'axe de la cuvette sommitale est sensiblement orienté nord-est, sud-ouest. Cette montagne est considérée comme l'un des plus hauts sommets de l'Atlas. Les sites recensés au sein de l'aire rupestre du Jbel Rat sont au nombre de neuf 13. Toutes les stations rupestres découvertes dans la région se trouvent au pied de la montagne, sur ses flancs nord et ouest. Les premiers relevés furent effectués par A. Glory, en 1951, qui fut suivi quelques années plus tard par J. Malhomme, en 1961, et par A. Simoneau, en 1965.

 

La station de Tighist (No. 15.0051)

 

 Le site de Tizi-n- Tirghiyst, qui nous intéresse dans le cadre de la présente étude, est le plus connu des sites de l'aire rupestre du Jbel Rat. Sa renommée est due à la grande »animation« qui caractérise les figurations qui y sont gravées. En effet, les deux ensembles décrits par A. Glory sous la dénomination de »la grande bataille« (Fig. 5) et de »la petite bataille« constituent les deux panneaux majeurs de ce site. En outre, ils font parti des compositions les plus expressifs qu'on connaît du »style libyco-berbère«. Ils représentent des scènes vivaces de guerre et de chasse. Les cavaliers sont armés d'une lance et d'un bouclier rond, parfois seulement d'une lance. Ils sont figurés en position d'attaque. Le même constat s'applique aux fantassins. À en juger d'après les images, la bataille engagée ne concerne probablement pas deux armées classiques, mais plutôt deux groupes antagonistes qui pourraient éventuellement se disputer le contrôle du col (tizi) où ils furent gravés. Par ailleurs, des scènes de chasse aux félidés sont figurées parmi ces représentations. Ces ensembles »libyco-berbères« sont obtenus par la technique de poinçonnage dense. La patine du trait est foncée.

 

Le site de Tizi-n- Tirghiyst comprend, en plus des gravures »libyco-berbères«, des représentations d'armes qui évoquent celles gravées dans les aires rupestres atlasiques de l'Oukaïmeden et du Yagour (voir ci-dessous), notamment de nombreux poignards, des pointes de lances ou de javelots, des boucliers ainsi que des anthropomorphes et quelques bovidés.

 

L'aire rupestre du Yagour

 

D'après l'étude comparative effectuée par C. Züchner (1998, 298), les gravures rupestres du Yagour dateraient principalement du néolithique (?)  et de l'âge du cuivre. Néanmoins, A. Jodin (1964, 106-107) Y identifia à plusieurs endroits des gravures d'un style  »animalier libyco-berbère«. La station des Azibs n'Ikkis (No. 15.0072), située sur le plateau du Yagour, comprend le célèbre »homme à l'inscription« , une figuration anthropomorphe associée à une inscription »libyque« qui daterait, selon A. Muzzolini (1995, 382), de la deuxième moitié du premier millénaire av. J.-c. Par ailleurs, on trouve au Yagour des gravures de chars et de poignards courbes (koumiyas) (Sbihi Alaoui/ Searight 1997, 93, Fig. 9-10).

 

L'aire rupestre de Marrakech

 

 Dans la région de Marrakech, A. Rodrigue (1988, 205-217; 1992, 705) découvrit un important complexe de gravures rupestres de »style libyco-berbère« situé en bordure de l'oued Tensift. Il s'agit d'un ensemble de 434 pétroglyphes de petites dimensions, généralement entre 5 à 20 cm. Les dessins seraient effectués en majorité par la technique du piquetage avec un outil métallique acéré. Parmi cettes gravures, 58% auraient été identifiables. Elles se composeraient (Tableau 1) à 66.5% de figurations de cavaliers, armés d'un bouclier rond, à 10.2% de fantassins, à 3.9% de chiens, à 9% de félidés, à 3.1 % d'oiseaux et à 1.9% d'ovicapridés. En outre, il y aurait des ensembles de cercles, de carrés, de serpentiformes, de points, de traits, de cupules et des figurations à sujet non identifiable. Quant à la datation, l'inventeur insiste sur la forte présence du cheval et l'absence du dromadaire dans cet ensemble rupestre. Ainsi, les gravures dateraient de la période comprise entre le 1er millénaire av. J.-c. et le 4e ou le 7 e siècle de notre ère.

 

La station de Msemrir dans la vallée de l'oued Dadès

 

Dans la vallée de l'oued Dadès, A. Rodrigue (1989-1990) découvrit, en 1988, une surface rocheuse gravée, d'inclinaison verticale et mesurant environ 8 m sur 2 m. Cette station, située dans la région de Tinerhir, aux environs de Msemrir, comprendrait 70 à 80 disques, dont le diamètre varierait entre 5 et 40 cm, ainsi que plusieurs inscriptions en caractères »libycoberbères«, dits »anciens« (Pichler/Rodrigue 2000).

 

 

2.2. L'Anti-Atlas

 

 

L'Anti-Atlas se subdivise en une partie orientale, une partie centrale et une partie occidentale. Il est  à noter que le plus grand nombre de sites d'art rupestre fut découvert dans la bordure méridionale de l'Anti-Atlas occidental.

 

2.2.1. L'Anti-Atlas oriental 

 

Sur le versant méridional de l'Anti-Atlas oriental, la région de Msissi (Catalogue 1977; Kaache 1999) est particulièrement riche en art rupestre.

 

Les stations au Nord-Ouest de Taouz (No.15.009-10)

 

 Un des plus importants complexes d'art rupestre (No. 15.009-10) qui fut découvert dans le

Tafilalt se compose de trois stations situées sur la rive droite de l'oued Ziz, au Nord-Ouest de Taouz (Nehren 1992-2, 360, Carte 6; Souville 1968, 423; Striedter 1983, 131). Les gravures du premier site (Ruhlmann 1939, 88-89, Fig. 58-60; Meunié/ Allain 1956, 55-56; Souville 1968, 425, Fig. 5), connues depuis 1938, seraient dispersées sur la crête méridionale et les pentes Sud-Est du Jbel Ouafilal (No. 15.009). Il Y aurait principalement des figurations piquetées de chars, plusieurs inscriptions en caractères de type »libyco-berbère«, une représentation anthropomorphe ainsi que des dessins géométriques. Quelques blocs gravés auraient été réutilisés dans une fortification située également sur le Jbel Ouafilal. Sur la deuxième colline (Meunié/ Allain 1956, 56), plusieurs tumuli seraient associés à des gravures piquetées de chars et de pédiformes. Sur la troisième (Meunié/ Allain 1956, 56-57), on trouverait des tumuli ainsi que des figurations piquetées de chars et d'animaux, principalement de bovidés, dont certains servent de monture aux représentations anthropomorphes qui leur sont associés (Meunié/ Allain 1956, Fig. 4). Le classement proposé pour ces pétrogyphes est assez équivoque. On les qualifia de gravures »libyco-berbères«, de »graffiti libycoberbères« ou alors on distingua des gravures »anciennes« et des »graffiti« modernes voire contemporains. La chronologie proposée par J. Meunié et C. Allain (1956, 57-67) est comme suit: En raison de leur »forme quadratique«, les figurations d'animaux!7 ne seraient pas d'un »âge très reculé«. Tout en étant éventuellement antérieures aux chars, elles feraient partie des gravures »libyco-berbères«. En outre, à cause de l'association d'inscriptions en »tifinar« aux figurations de chars, ces derniers seraient d'époque »libyco-berbère«. En revanche, certains dessins géométriques, notamment les formes de pieds ou pédiformes qui surchargeraient par endroit des chars, seraient beaucoup plus récentes.

 

2.2.2. L'Anti-Atlas central

 

 

Les plus importants ensembles d'art rupestre de l'An ti-Atlas central se trouvent dans la région de T azzarine (Kaache 1999) ainsi qu'à proximité de la haute vallée du Draa (Catalogue 1977,

Carte 1). En outre, quelques stations gravées ou peintes  sont connue dans sa bordure méridionale.

 

La station de Gara Tazzarine N.O. (No. 15.0026)

 

 

Au sein de la station de Gara Tazzarine N.O.(No. 15.026), A. Simone au (Catalogue 1977, 17, Pl. 15; Striedter 1983, 131) découvrit en 1971 une plaquette mobile de grès portant la représentation d'un camélidé à deux bosses. Le trait fin, incisé ou poli, de cette gravure de 30 cm de taille était fortement patiné. D'après le jugement d'A. Simoneau, les caractéristiques morphologiques de cette figuration ne la distinguent pas des gravures de »style effilé fin«, caractéristiques du »stade des chasseurs tardifs« qui prédomineraient dans ce site. En revanche, outre le motif, tout la distinguerait des »représentations habituelles et tardives des sites libyco-berbères«.

 

La station de Imi n'Oudraz

 

 

La station de Imi n'Oudraz nous a été signalée, lors d'un déplacement dans la région de Tazzarine en 1999, par un habitant du village de Nkob. Elle est inédite. Le site occupe la rive gauche d'un petit oued sec qui collecte les eaux de pluie des collines environnantes. L'aménagement par les paysans de la région d'un canal ou »seguia« sur la même berge a causé la disparition d'une partie du site. La roche-support est un grès-quartzite à patine noire, peu décomposé en blocs mobiles, qui offre des surfaces planes. D'ailleurs, les figurations sont principalement concentrées sur des surfaces fixes et planes. En dépit des cassures et éclatements qui affectent une partie des supports, les gravures sont réparties sur les surfaces utilisables.

 

La station de Nkob comprend, en plus des gravures qu'on peut considérer communes au »style libyco-berbère«, peu de figurations animalières et de nombreuses représentations géométriques fort complexes. Parmi les premières, nous avons relevé un tableau représentant probablement une »scène de chasse« (Fig.6). Il s'agit de deux cavaliers, dont un est armé d'une lance et d'un bouclier et l'autre est resté inachevé, chassant un mouflon à l'aide d'un chien. Ce dernier est reconnaissable par ses oreilles dressées et pointues ainsi que par sa queue relevée. Le tout est obtenu par un poinçonnage dense sur une surface verticale. La patine du trait est claire. Ce panneau est suivi d'un autre où sont figurés deux canidés, dont un inachevé.

 

Ils sont obtenus par la même technique de poinçonnage, sauf que dans ce cas le trait est irrégulier. La patine est claire. Une autre représentation de cavalier, associé à un réticulé, présente un détail intéressant. En effet, dans ce cas, le cavalier est armé. Il se tient debout sur les étriers en tenant un bouclier d'une main et un autre type d'arme dans la main droite, qui n'est ni une lance, ni un javelot. En ce qui concerne la technique et la patine du trait, elles ne diffèrent pas de celles des figurations précédentes.


 

 

Par ailleurs, et pour ce qui est de l'autre composante du »style libyco-berbère«, en l'occurrence les inscriptions en caractères de type »libyco-berbère«, nous avons relevé deux cas. Il s'agit d'un caractère isolé et d'une inscription composée de trois lettres (Fig. 7) associée à des cercles concentriques. Elles correspondent respectivement à la lettre »K« et aux lettres »T«, »$«, »T« dans l'alphabet latin. Ces caractères sont obtenus par un poiçonnage suivi d'un polissage »léger«. La patine du trait est relativement plus foncée.

 

Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, l'ensemble de Nkob ne comporte que peu de représentations de faune. En plus des trois canidés déjà décrits supra, nous avons remarqué la présence de deux équidés et d'un boviné. Les deux équidés diffèrent pour ce qui est des détails gravés. Le premier (Fig. 8), à contour linéaire fermé, est représenté au galop. La tête est massive et la crinière est bien marquée. La croupe et les membres postérieures de l'animal ont disparus en raison de la desquamation de la surface de la roche. Le second, par contre, est représenté dans une position statique et avec moins de détails. La technique du poinçonnage a été utilisée dans les deux cas, sauf que dans le deuxième cas la patine du trait est plus claire.

 

La représentation du boviné, à contour linéaire, continu et fermé, est en perspective plane absolue. Les cornes sont orientées vers l'avant, le pis est bien marqué par une plage de cupules, la queue relativement longue et touffue. Le trait est obtenu par un poinçonnage suivi, par endroits, d'un polissage. La patine est plus foncée.

 

Les formes géométriques constituent le sujet dominant dans le repértoire des gravures du site d'!mi n'Oudraz. Elles sont variées, mais homogènes dans leur ensemble. Parmi ces motifs, on trouve des cercles concentriques, des spiraliformes, des méandriformes, simples ou complexes, des réticulés, des pédiformes (Fig. 9), en paires ou isolés, des ovales, des serpentiformes et des arboriformes. La technique employée ne diffère guère de celle utilisée pour le reste des représentations. Il s'agit d'un poinçonnage dense et soigneux, suivi parfois d'un polissage léger. Le trait est régulier, parfois large et relativement profond par endroits. Parmi les formes géométriques, 31 cas montrent une patine du trait foncée et 8 une patine claire, dont notamment les pédiformes et quelques cercles simples.

 

Les stations aux environs de l'Assif Ouiggane (No. 15.0045)

En 1967/68, A. Simoneau (1974, Fig. 2) effectua des prospections dans la région de Tinzouline, dans la haute vallée du Draa. Sur les blocs gréseux parsemant un plateau fortifié au bord de l'Assif Ouiggane (No. 15.0045), il découvrit de nombreuses gravures rupestres (Simoneau 1974, 29, Pl. 13) qui ressembleraient à ceux de Foum Chenna (voir ci-dessous). Cettes figurations piquetées et claires, d'une taille maximale de 20 à 30 cm, représenteraient surtout des équidés voire des cavaliers, armés de boucliers ronds ou rarement de lances. Deux autres sites existeraient dans les environs immédiats (Simoneau 1974, 29). Au premier site, des parois gravées portant, entre autres, la figuration d'une chasse à l'autruche ainsi que des inscriptions »libyques« et »arabes« seraient associées à des tumuli. Au deuxième, des cavaliers figureraient sur le soubassement d'une bourgade en ruines. En outre, ce complèxe (Simoneau 1974, 29-30) comprendrait des images de dromadaires et de chevaux, de cavaliers en lutte avec des fantassins, de chasses à l'autruche et au lion ainsi que »d'un petit pasteur avec des chêvres«. Par ailleurs, on y trouverait des dessins »symboliques«, c'est-àdire des cupules et des scorpions, des représentations de fibules et des décors géométriques comme ils sont connus dans l'art populaire marocain.


 

 

Le complexe de Foum Chenna (No. 15.0044)

 

L'important complexe d'art rupestre de Foum Chenna (No. 15.0044) se trouve également dans la région de Tinzouline. Il suscita le plus grand intérêt parmi les chercheurs (Gloryl Allain/Reine 1955, 715-716; Reine 1969, 3742; Pichler 2000) qui se sont intéressés à l'art rupestre »libyco-berbère« au Maroc. Sans qu'il n'ait été étudié d'une manière systématique ou approfondie, il en est devenu un site de référence (Simoneau 1974, 29; Rodrigue 1988, 205). Sur la rive droite de l'oued Draa, cet ensemble se trouverait sur une piste caravanière dans un défilé à l'embouchure de l'oued Foum Chenna. Il s'étendrait sur une longueur d'environ 800 m, principalement sur les parois d'une strate de quartzite d'environ 1 m de puissance de la rive gauche. En outre, une petite concentration de pétroglyphes fut observée sur la rive droite. Plusieurs fortifications et de nombreux tumuli furent signalés dans les environs du site. Le nombre des gravures qui seraient réparties sur plus de 300 petits »tableaux« fut évalué (Gloryl Allain/Reine 1955, 715-716; Reine 1969, 37-42) à environ 3000.

 

D'après le critère de la patine du trait et des observations stylistiques ainsi que d'après les superpositions, M. Reine (1969, 39-40) divisa l'ensemble en quatre groupes qui correspondraient à des époques succéssives dans le temps. Quelques figurations de bovidés piquetés, et dont la patine est identique à celle de la roche ambiante, s'apparenteraient aux gravures du Haut Atlas et constituent ainsi le groupe le plus ancien. En revanche, les gravures» libycoberbères« présenteraient une variété de teintes claires. Or, le deuxième groupe de représentations,«frustes« mais »stylisées«, comporte des figurations de chevaux et de guerriers (Gloryl Allain/Reine 1955, Pl. 5; Reine 1969, Fig. 4). Le troisième groupe est composé de gravures »stylisées« au trait profond qui représentent des cavaliers tenant des boucliers ronds et des lances ou javelots, des combats entre félidés et fantassins à boucliers ronds et épées, des dromadaires et des inscriptions en caractères »tifinagh«. Enfin, le quatrième groupe comprend des dromadaires, des chevaux, des cavaliers à boucliers ronds avec javelots ou lances, ainsi que des scènes de chasse et de combat. Sur les »tableaux« figureraient principalement des »scènes« qui représenteraient une variété de sujets de »la vie courante«, dont la chasse à l'autruche, au mouflon ou aux félidés, des combats entre cavaliers (Reine 1969, Fig.2,6,11) ainsi que des caravanes de dromadaires et des troupeaux d'équidés.

 

Commentaires (11)

1. ougunir 20/04/2008

excellent travail ;;; bravo et merci

2. mohamed 23/11/2009

est ce que possible de mettre l'article entier avec la bibliographie
Merci

3. HAMDIS (site web) 13/04/2010







Mon ami Abdellah Saleh.
Un projet me tient à coeur:

"La réalisation d'une mise à jour numérisée de l'inventaire spéléologique du Maroc,édité en 1981"...J'ai déjà exploré des grottes contenant des vestiges humains à dater.Mon objectif est de faciliter-en tant que spéléologue- l'accès et l'exploration des dites cavitées aux chercheurs travaillants à l'inventaire nationl du patrimoine marocain.

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Долмансе - Да может ли быть на свете что-нибудь прекраснее?

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