Le complexe funéraire et cultuel d’Adrar Zerzem (Anti- Atlas, Maroc): Résultats préliminaires.

In : Etudes d’Antiquités Africaines. Lieux de cultes : aires votives, temples, églises, mosquées. Actes du IXe Colloque international sur l’histoire et l’archéologie de l’Afrique du Nord antique et médiévale, Tripoli, 19 - 25 février 2005. Editions du CNRS. Paris 2008. pp .23-33.

 Le complexe funéraire et cultuel d’Adrar Zerzem (Anti- Atlas, Maroc): Résultats préliminaires.

  Youssef Bokbot[1], Jorge Onrubia-Pintado[2], Amelia Rodriguez-Rodriguez[3] , Carmen Gloria Rodriguez-Santana[4]et  Javier Velasco-Vázquez[5] 

 Dans le cadre de la convention  de coopération en matière d’archéologie et de patrimoine signée entre l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et de Patrimoine (Rabat, Maroc) et l'Université de Castilla la Mancha (Ciudad Real, Espagne), un programme bilatérale de recherches archéologiques a été initié en 1995, dans la région de Souss-Tekna sur les versants saharo- atlantiques de l'Anti-Atlas. Consacré au  Néolithique et la Protohistoire, ainsi qu'à la période médiévale, ce programme a permis la découverte lors de prospections systématiques de la vallée de l'Oued Noun, de plus de 270 sites archéologiques, allant de la Préhistoire la plus reculée jusqu’à la fin du Moyen Âge : 20 sites paléolithiques, 22 néolithiques, 75  protohistoriques, 8 sites médiévaux, 51 modernes et subactuels  et 100 indéterminés. 

  Adrar n Zerzem, haut lieu de la Protohistoire présaharienne

  L'Adrar n Zerzem se présente sous forme d'une crête rocheuse orientée E.-O. qui surplombe la rive droite de l'oued Eç-çayad. Cette élévation abrite un complexe archéologique, fort intéressant, qui comporte plusieurs types de vestiges : gravures rupestres témoignant d'une grande variété thématique, tumulus funéraires associés à d'autres structures en pierres sèches à plan circulaire et, enfin, un habitat de plein air avec un abondant matériel archéologique de surface.     

  La station rupestre :

 La station à gravures est située sur les affleurements rocheux qui dominent la plaine alluviale environnante. Sur ces rochers s'étalent 301 dalles gravées dénombrées à l'heure actuelle. Pour ce qui est de la thématique des gravures, c'est la faune, tant sauvage que domestique, qui l'emporte. Le bestiaire sauvage est composé d'éléphants, rhinocéros, gazelles, antilopes, félins, autruches et autres espèces d'oiseaux. La faune domestique est largement dominée par les bovidés,  et atteste aussi des équidés et des canidés. Bien qu'il s'agisse en général de figurations isolées, il est tout de même possible d'identifier des scènes : un félin harcelant une gazelle ou des troupeaux de bœufs dont on reconnaît des signes évidents de domestication tels que les robes extrêmement variées, la fréquence de pendeloques et le fait qu’ils portent des personnages. La chronologie de la plupart de ces gravures semble s'étaler du Néolithique à la Protohistoire locale. 

  La nécropole tumulaire :            

 Elle est composée  d’une trentaine de monuments funéraires, dont seulement trois ont été fouillés. Ceux-ci sont constitués d’un mur d’enceinte presque circulaire, dont les diamètres varient entre 7,40 et 7,80 m. Ce mur est composé de plusieurs lits superposés de blocs cubiques de calcaire juxtaposés à sec.  Ce muret, haut de 0,50 à 1 m, sert à contenir une accumulation désordonnée de pierres de tailles différentes. Ce muret devrait avoir initialement une hauteur dépassant  probablement 1,70 m, constituant ainsi une espèce de tambour cylindrique.  À l’intérieur de cet agencement, une chambre funéraire  a été entièrement creusée dans le sol. Délimitée au ras du sol par une rangée de grandes pierres, cette fosse ovalaire, à parois verticales et à fond plat, est orientée Sud-est Nord-Ouest. L’aménagement de la fosse consistait en la disposition de petits cailloux de schiste à la manière d’un lit sur lequel reposait le corps.

Il s’agit de sépultures primaires individuelles correspondant à des individus adultes de sexe féminin.  Le mobilier funéraire du tumulus N°1 se compose de deux bracelets en fer, un  pour chaque avant-bras,   des perles en coquille d’oeuf d’autruche et un cylindre en cuivre tout près du cou ; ainsi qu’un anneau en cuivre et trois éclats en silex.  Il a été remarqué également l’existence d’un lit en cuir sous le squelette. Il semble bien que le cadavre, très probablement enveloppé dans un linceul en cuir, a été déposé en position fléchie. Le corps était inhumé en décubitus latéral droit. Dans le secteur SE du monument du tumulus 1, nous avons découvert des aménagements cultuels annexés au monument. Ils sont constitués de deux antennes couronnées chacune par une petite tour à plan circulaire. L’une d’entre elles était remplie par un sédiment contenant des nombreux morceaux de charbons de bois et des ossements calcinés d’animaux, ce qui nous amène à considérer l’ensemble  soit comme des autels de sacrifice, ou comme tables à offrandes.         

  Le tumulus n°2 présente des aménagements cultuels qui consistent en une niche construite dans le parement même de l’enceinte. Deux semblants d’alignements parallèles de petites dalles plates, pouvant être considérés comme antennes annexes, font face à la niche. Ce monument a livré un mobilier funéraire composé de deux boucles d’oreilles, de perle en roche verte, de grains d’enfilage en test d’œuf d’autruche, d’élément de collier en bronze et des coquillages marins.  

  Bien que chacun des monuments que nous avons étudiés présente des individualités propres, il existe en outre des constantes capables de se rapporter à une aire culturelle ou ethnico religieuse largement ouverte sur les influences sahariennes. La fouille de quelques monuments funéraires livre des éléments archéologiques et anthropologiques nouveaux capables d'enrichir nos connaissances sur la Protohistoire du Maroc Présaharien et de tout le Maghreb.            

   Bibliographie

  Bokbot Y., 1991. Habitats et monuments funéraires du Maroc protohistoriques. Thèse de    Doctorat. Aix-en-Provence. 549 p.  

 Bokbot Y., 2001. Protohistoire du Maroc présaharien : bilan et perspectives. Actes du Colloque  International 1ères Journées Nationales d'Archéologie et de Patrimoine. Rabat  1-4 Juillet 1998. pp.90-98. 

 Bokbot Y., Cressier P., Delaigue M.-Ch., Izquierdo R., Mabrouk S., Onrubia-Pintado J., 2002. Enceintes refuges, greniers fortifiés et Qasbas : fonction, périodisation et interprétation de la fortification en milieu rural présaharien. Mil Anos de Fortificaçoes na Peninsula Iberica e no   Maghreb (500-1500). Actas do Simposio Internacional Sobre Castelos. Palmela 8-12 avril 2000.(Portugal). Lisboa 2002. pp. 213-227. 

 Bokbot Y., 2003. Tumulus protohistoriques du pré Sahara marocain, Indices de minorités religieuses? Actes du VIIIème Colloque International sur l’Histoire et   l’Archéologie de l'Afrique du Nord. Tabarka. Tunisie 8-13 Mai 2000. Edition   de l’Institut National du Patrimoine - Tunis. pp. 35-45.  

 Bokbot Y., 2005. Hydrogéologie et Protohistoire du Tafilalet, quelques aspects de la recherche archéologique  en milieu présaharien. .in L'eau : source de vie  à travers les âges. Jardin des Hespérides, Bulletin semestriel de la Société Marocaine d'Archéologie et de Patrimoine .N° 1, Novembre 2004 – Avril 2005. Rabat. pp. 42-44. 


[1] Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine, Rabat, Maroc.

[2] Universidad de Castilla-La Mancha, Ciudad Real, Espagne.

[3] Universidad de Las Palmas de Gran Canaria, Espagne.

[4] E.R.A. 38 du CNRS, Sophia Antipolis, Valbonne, France.

[5] Cabildo de Gran Canaria, Las Palmas de Gran Canaria, Espagne.

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