Recherches préhistoriques et protohistoriques dans le Rif oriental

 

 Youssef Bokbot, Abdeslam Mikdadet Josef Eiwanger, avec contributions de Habiba Atki, Abdelwahed Ben-Ncer, Rainer Hutterer, Jorg Linstiidter et Touria Mouhcine

 

 Recherches préhistoriques et protohistoriques dans le Rif oriental (Maroc), Rapport préliminaire

 

 

 

 Introduction

 Les résultats préliminaires que nous présentons dans le présent rapport s'inscrivent dans le cadre de l'accord de coopération qui unit l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (LN.S.A.P., Rabat) à la Kommission für Allgemeine und Vergleichende Archaologie des Deutschen Archaologischen Instituts (KA V A, Bonn), en matière d'archéologie préhistorique et protohistorique.

Les cinq campagnes de prospections et de fouilles entreprises entre 1995 et 1999 ont permis la découverte de sites préhistoriques inédits qui fournirent d'importantes informations sur les civilisations préhistoriques et protohistoriques qui se sont succédées dans la région du Rif Oriental. Les différentes études de la stratigraphie, du matériel archéologique, faunique et humain, ainsi' que les analyses sédimentologiques, palynologiques et traséologiques sont actuellement en cours de réalisation. Aussi, nous nous contenterons dans le présent rapport de tracer les grandes lignes de quelques résultats jusqu'ici obtenus.

L'aire géographique concernée par notre programme s'étend de l'oued Boufrah à l'ouest à l'oued Moulouya à l'est, et de la côte méditerranéenne au nord aux premiers contreforts du Moyen Atlas au sud (Fig. 1). Divers facteurs nous ont incités à porter notre choix sur cette région. Notons tout d'abord que par rapport au Rif occidental et aux plaines atlantiques plus favorisées, le Rif oriental n'a que très peu bénéficié de la recherche archéologique et figure comme une lacune sur la carte du Maroc préhistorique. Il s'avérait donc urgent de combler ce vide.

Par sa position stratégique, le Rif oriental constitue un carrefour de plusieurs voies de communication importantes. L'axe est-ouest relie, à travers de la trouée de Taza, les plaines atlantiques du Maroc à l'Oranie. L'axe nord-sud permet, par le biais de la Moulouya et de la Saoura, les contacts entre la Méditerranée et le Sahara. Enfin, la zone du littoral peu accidentée permet une ouverture sur le monde méditerranéen. Delà, il faut prononcer l'intérêt que présente l'étude de cette région pour une meilleure connaissance des populations préhistoriques et protohistoriques du Maghreb en particulier, et de la Méditerranée occidentale en général. Les objectifs que nous nous sommes assignés tout au début de ce programme consistent en:

1. Définir par le biais d'une approche pluridisciplinaire la culture matérielle des populations pré- et protohistoriques du Rif oriental;

2. Reconstituer le paléo environnement pour mieux comprendre les rapports spécifiques qu'ont entretenus les populations préhistoriques avec leurs milieux naturels;

3. Classer chronologiquement les ensembles culturels dont nous avons définis et documentés la répartition dans l'espace;

4. Etablir une carte archéologique régionale s'inscrivant dans le grand cadre de l'Atlas Préhistorique du Maroc;

5. Remédier au déséquilibre existant dans la recherche scientifique entre le Rif oriental et les autres régions du Maroc.

 (A.M. et YB.)

Le cadre naturel

 

 

 

 

L'aire .géographique de notre programme de recherche comprend le Rif moyen et oriental et, à l'est, les contreforts de la région de montagne ainsi que les plaines jusqu'à Moulouya. A l'ouest, le relief atteint une altitude de plus de 2000 m. Il est constitué en majorité de flysch tertiaire. Le tracé des vallées profondes est le plus souvent perpendiculaire à celui des chaînes de montagne. En direction de l'est, sur une ligne Kebdani-Dar Driouch-Msoun, une partie du Rif se transforme en une formation tertiaire tardive. La presqu'île de Melilla est d'origine volcanique. Elle est constituée en grande partie de basalte et d'andésite. Les grandes surfaces alluviales du Quaternaire entourent à présent le relief des contreforts montagneux (Fig.37). A

l'exception du massif de Jebel Margout à Saka (1839 m), l'altitude atteint généralement les 1000 m; les plaines se situent à environ 500 m d'altitude par rapport au niveau de la mer.

Le climat de la zone de recherche est résolument méditerranéen. Cependant, la nature du relief engendre de nettes différences régionales. Une grande partie des précipitations se déversent sur le littoral, respectivement sur le haut Rif (plus de 1000 mm). En comparaison aux celles de la région limitrophe et de la plaine du Moulouya elles n'atteignent même pas 400 mm et ceci seulement durant la saison hivernale. L'agriculture non-irriguée est liée à de hauts risques. De nos jours, la plupart des sols alluviaux fertiles, le long de l'oued Kert et de Moulouya sont irrigués artificiellement. L'économie de pâturage domine dans les autres régions.

De nos jours, il ne subsiste de la forêt initiale que des restes qui souffrent, même dans les régions montagneuses, du pâturage intensif. Des zones forestières intactes ne subsistent que dans une zone à l'ouest de Nador et dans les montagnes de Kebdana, là où les précipitations sont un peu plus importantes. Une bonne observation de ce qu'a put être l'envergure du couvrement forestier d'origine est possible dans les cimetières et les marabouts, où le pâturage est interdit. La végétation de garrigue prédomine. En raison de la qualité médiocre du sol et les faibles précipitations, seule l'herbe d'halfa pousse sur les hauteurs. Cette dernière n'est plus récoltée pour la production de cellulose. Actuellement, on reboise le plus souvent des eucalyptus et le long du littoral des conifères.

Les produits de l'agriculture les plus courants sont à l'est du Rif le blé d'hivers, sur la côte et à la Moulouya les olives ainsi que les produits de l'horticulture sans oublier les agrumes sur les terres irriguées.

La faune est peu importante dans la région de nos recherches. La prise de gibier se réduit à de petits animaux sauvages, parfois à des sangliers (Sus scrofa). Des chacals (Canis aureus), des renards (Vulpes vulpes), des porcs-épics (Hystrix cristata) ainsi que deux espèces de félins    (Herpestes sp., Felis silvestris) font aujourd'hui encore partie du paysage animalier de la région 1. Vers le sud, dans les zones frontières du Sahara, le nombre d'espèces est plus élevé. On y trouve par exemple des poules de sable et, en hivers, des oiseaux migrateurs. Grâce à nos recherches archéologiques, nous avons mis en évidence une faune riche en espèces qui sont de nos jours plus ou moins en voie d'extinction à quelques exceptions près au demeurant incertaines - comme ces animaux qui ont fait l'objet d'un programme de réimplantation (par ex. Ammotragus).

L'aire actuelle de recherche, c.-à-d. la grande zone d'exploration ainsi que les différents sites fouillés, se trouve à peu près au centre de l'espace de la concession. A 40 km au sud-ouest de Nador le terrain s'élève, à partir de la plaine côtière, jusqu'à 800-1000 m d'altitude. La route nationale S 333 passe par le col de Regada (484 m NN) en direction du sud et mène à une plaine entourée de chaînes de montagnes. Elle mesure 20 km de diamètre. Vers l'ouest, un seuil permet d'atteindre la plaine d'Aïn Zorah qui se trouve un peu plus haut.

La plaine, dont le centre est le souk d'Afso, se trouve entre 370 et 450 m d'altitude. Elles est sans dégorgement, l'espace d'Aïn Zorah ainsi que la cuvette d'Hassi Ouenzga, située au sud, ont ici leur zone d'écoulement. L'aire d'entrée hydrographique mesure plus de 1000 km2. Durant le semestre d'hiver, des lacs peu profonds de quelques kilomètres carrés se forment dans cette plaine (Fig. 2). Ceux-ci deviennent secs dès le début de l'été. Par le passé, il existait, à cet endroit, une large ceinture de roseaux qui a été détruite par l'agriculture. L'inclinaison de chaînes de montagne, en particulier au sud-ouest de la plaine, engendre une richesse hydrographique relative qui permet, sous la forme de sources artésiennes, dont les plus importantes sont à Hassi Ouenzga, un approvisionnement d'environ 500 fermes.

La plaine est une zone de transit entre Moulouya et la Méditerranée. De nos jours, la route relie Guercif avec la plaine côtière de Nador. De là, on peut rejoindre en direction de l'ouest le haut Rif et en direction de l'est, en longeant le massif de Kebdana, on atteint Ras el Ma et l'estuaire de Moulouya. De cette route, qui est sans aucun doute ancienne, bifurquent des chemins qui traversent la région montagneuse de Moulouya à Melga Lwidane. Eux aussi existent depuis longtemps. Les ruines et les tumuli, le long de son tracé, en sont les témoins. D'autres voies conduisent vers l'ouest. Dans les montagnes, les seules voies de communication praticables sont les sentiers des bergers.

La plaine forme aujourd'hui la frontière sud de la zone d'agriculture non-irriguée. L'irrigation, alimentée par les barrages au nord-ouest, n'est que dans une faible mesure possible. Il n'existe pas de nappe phréatique dans la plaine car le sous-sol est fissuré. Dans cette zone, l'habitat n'est pas uniforme. Le plus souvent, les fermes sont d'un plan rectangulaire et entourées de murs. Elles forment des petits groupements dont les occupants appartiennent à une même famille. Le rendement du blé d'hiver est faible. A cela s'ajoute, entre autre, les produits de l'horticulture, des oliviers ou des figuiers. La base économique des habitants de la plaine demeure cependant l'élevage de moutons et de chèvres qui paissent dans les zones montagneuses des environs, sans oublier l'apport de capital des nombreux émigrants.

La zone d'habitat est plus dense à l'ouest de la plaine en raison du meilleur approvisionnement en eau et non pas en raison de la qualité du sol qui, en comparaison avec la partie nord, est bien plus rocailleux. La forme de l'occupation moderne du sol se rapproche de celle de l'époque préhistorique.

(J.E.)

Les prospections

Les premières prospections conduites dans le Rif oriental ont révélées que les sites repérés aux environs immédiats des villes et des villages ont été complètement détruites par les fouilles non contrôlées durant le protectorat et par la réutilisation des grottes et des abris comme enclos à bétail. Cependant, les prospections menées dans la région comprise entre le village de Saka (Province de Taza) et celui du Mont Araoui (Province de Nador) ont révélées l'existence de deux importants sites préhistoriques apparemment intacts. Suite à cette découverte, la décision a été prise de concentrer, dans un premier temps, nos fouilles et nos prospections dans cette partie du Rif.

Compte tenu de la carence de documentation archéologique sur la région du Rif oriental, le repérage des sites s'est effectué par le biais d'études des cartes topographiques régionales, d'enquêtes auprès des populations et de prospections. Tous les indices archéologiques ont été pris en considération: stations, habitat, sépultures, art rupestre et sources de matière première.

Les récoltes de surface ont été généralement sélectives sur toute la superficie du site et non systématiques sur une zone déterminée. Ainsi, les sites repérés ont été cartographiés dans la Carte du Maroc au 50.000. Il convient, ici, de souligner que nos travaux de prospections ne prétendent pas être exhaustifs et exempts de toute incertitude, néanmoins, nous avons fait un repérage aussi précis et complet que possible de nombreux sites dans la zone précitée.

 des cinq missions de prospections totalisant sept mois de terrain et 30.000 km d'itinéraire parcouru, nous avons découvert un important patrimoine archéologique dont les vestiges les plus remarquables se trouvent regroupés dans la plaine du Garb et la cuvette de Hassi Ouenzga. Un tel regroupement n'est pas le fait du hasard. Il est dû essentiellement à l'existence de nombreuses sources artésiennes qui coulent durant toute l'année. En outre, à chaque fois que les précipitations sont abondantes, on assiste à la formation de vastes lacs dans les dépressions les plus profondes de la plaine. Les travaux de prospections ont permis la découverte de très nombreux sites archéologiques de nature et d’époques différentes. Il s'agit essentiellement de grottes, d'abris, de sites de plein air ainsi que de tumuli (Fig.3). L'un des faits dignes d'intérêt qui distingue cette région est l'état de conservation exceptionnel des sites d'habitat en grotte ou sous abris. Par contre, les sites de plein air ont subis l'action des différents agents d'érosion qui continuent d'avoir un fort impact sur le paysage. En tout, nous n'avons trouvés que trois sites de ce genre dont la bonne conservation est due essentiellement aux conditions topographiques favorables.

 

 

 

Les différents tumuli qui sont répartis en petits groupes ou de façon isolés ont connus un sort moins meilleur: presque la totalité des tombes que nous avons repérées ont été profanées par des chercheurs de trésors. Ces prospections ont fait apparaître, jusqu'à présent, la rareté relative du Paléolithique inférieur dans la région et la présence de vestiges se rapportant au Paléolithique moyen, supérieur et au Néolithique. La protohistoire n'est représentée que par des tumuli isolés ou regroupés en petit nombre.

 

 

 

Le Paléolithique ancien n'est représenté que par un vaste site de plein air ou l'on trouve des bifaces appartenant à un Acheuléen évolué. Le Paléolithique moyen est présent dans les grottes de Taghit Haddouch, d'Ifri el-Baroud et surtout d'Ifri n'Ammar. Si les deux premiers sites n'ont livrés que quelques pièces isolées, celui d'Ifri n'Ammar a par contre connu une importante occupation au Paléolithique moyen. Le Paléolithique supérieur, sous l'aspect de l'Ibéromaurusien, est plus abondant dans la région. On le retrouve dans les grottes, les abris, les sites de plein air. Parfois quelques traces subsistent encore dans les rares forêts conservées en haute montagne. Cela montre que l'homme ibéromaurusien a su tirer profit de la diversité du paysage environnant.

 

 

 

Les périodes qui suivent ne sont représentées que par l'abri d'Hassi Ouenzga et la grotte de Taghit Haddouch. Toutefois, presque toutes les grottes et les abris repérés conservent quelques traces néolithiques. La protohistoire n'est représentée que par des tu mu Ii de formes simples (Fig.4). Les prospections conduites jusqu'à présent n'ont révélées aucune ruine antique architecturale »classique« ni même de simples objets isolés. En revanche, l'époque islamique est représentée par une Kelaa et une casbah ismaïlienne inédite.

 

 

 

Ainsi, l'occupation humaine dans cette partie du Rif oriental peut se diviser en différentes périodes. Nous distinguerons successivement:

- la Préhistoire lointaine, sous les aspects du Paléolithique et de l'Epi paléolithique;

- la Préhistoire récente: le Néolithique;

- la Protohistoire;

- l'Epoque Islamique.

 

 

 

(A.M. et YB.)

 

 

 

 

 

 

Le Paléolithique supérieur (Ibéromaurusien)

 

 

 

 

 

La civilisation ibéromaurusienne occupe au Maghreb, à partir du 20ème millénaire et jusqu'au 8ème millénaire, les zones du Tell et du littoral. Elle atteint également le voisinage des hautes plaines et même des zones présahariennes. Mais, c'est au Maroc oriental et dans l'ouest algérien que les plus importants sites furent signalés. Les fouilles entreprises par les différents chercheurs au Maroc oriental ont révélées l'existence de plusieurs sites ibéromaurusiens dont le plus important reste celui de Taforalt. Ce dernier offre une séquence chrono-stratigraphique qui sert de base de référence pour la définition des différentes phases d'évolution de la civilisation ibéromaurusienne. Dans la zone prospectée du Rif oriental, nous avons découverts plusieurs sites ibéromaurusiens en grotte, en plein air, sous abris ainsi que dans les forêts qui se sont conservées dans les montagnes, en haute altitude. Trois principaux sites, les mieux conservés, ont fait l'objet de fouilles. Il s'agit d'Ifri el-Baroud, d'Ifri n'Ammar et de Hassi Ouenzga.

 

 

 

1. La grotte d'Ifri-el-Baroud

 

 

 

 

 

Localisation et description du site: découverte en 1995, la grotte d'Ifri el-Baroud est une cavité spacieuse située à 19 km au nord-nord-est du village de Saka et à 8 km au sud-ouest du souk d'Afsou (Fig.40). Elle s'ouvre au pied du Jebel Ich-Chaboun qui culmine à près de 1000 m d'altitude et domine l'ensemble du paysage de la plaine du Garb située à gauche de la route nationale qui mène de la ville de Guercif à la ville de Nador (R.N. S 333). Elle mesure à l'entrée 12 m de large et atteint 23 m de profondeur (Fig. 16). On y accède par une ouverture naturelle, en forme de dôme, orientée vers le sud-est. Le sol à l'intérieur de la grotte présente un dénivellement de 5 m du fond vers l'extérieur. Le talus qui rejoint un ravin, est couvert d'un sédiment gris-noir et de plusieurs blocs d'effondrement. En surface on y trouve des éclats et outils en silex, quelques tessons de poterie modelée, des fragments de test d'œuf d'autruche, des esquilles d'os d'animaux et des coquilles de la famille des gastéropodes, parfois calcinées. Vraisemblablement, l'ensemble de ce matériel provient de couches supérieures de la grotte qui ont été entrainées à l'extérieur par des éléments naturels et surtout en raison de l'utilisation de celles-ci par les bergers et leurs troupeaux.

 

 

 

Stratigraphie: En 1995, trois sondages qui mesuraient chacun 2 m x 3 m, ont été entrepris respectivement au fond, au centre et à l'entrée de la grotte. En 1996, une fouille de plus grande envergure a été établie sur une surface de 23 m2 (cf. Fig. 16). Ces travaux ont révélés une stratigraphie de plus de 3 m de couches préhistoriques comprenant exclusivement des dépôts ibéromaurusiens. On observe, de haut en bas, la succession suivante:

 

 

 

0,00-1,00 m = La couche 1 n'apparait que tout au fond de la grotte. Elle se compose d'un sédiment de couleur brun-rouge très friable et poudreux. Celui-ci contient quelques coquilles de la famille des gastéropodes, des pierres de dimensions variables et peu de charbon de bois.

1,00-2,80 m = Repérée dans tous les secteurs fouillés, la couche II couvre pratiquement les différentes parties de la grotte. Elle est formée d'une terre noire, cendreuse et très friable où les gastéropodes terrestres de la famille d'Helicidae sont très abondants. Parfois, ils sont fortement concentrés dans des poches et des lentilles dont ils dépassent largement la moitié du volume. Des structures de foyers, qui parfois sont régulières, ont été également observées dans cette couche (Fig. 17). En raison de ces nombreuses pierres calcinées toujours d'assez petite dimension et en raison de l'abondance de coquilles d'Helicidae brisées ou intactes, ce dépôt évoque un mode de vie propre aux hommes ibéromaurusiens et constitue donc une escargotière en grotte.

 

 

 

2,80-3,40 m = La couche III est marquée par un changement sensible au niveau de la nature du sédiment. Celui-ci, est composé de terre argileuse compacte rouge où les coquilles d'Hélix disparaissent totalement. Par contre, on retrouve toujours des foyers identiques à celles repérées dans la couche précédente. La couleur rouge du sédiment change progressivement pour devenir jaune vers le fond. Celui-ci repose directement sur le substratum de concrétion calcaire et n'a livré que quelques outils isolés en silex.

 

 

 

Analyse succincte de la stratigraphie: La couche 1 (Ibéromaurusien final entre 10.000 et 7000 B.C.) enfouie sous une épaisse couche de fumier, n'a été conservée qu'au fond de la grotte. Elle a livrée une industrie lithique peu abondante dominée par des lamelles à bord abattu, quelques objets en os (poinçons), des tests d'œuf d'autruche, des coquilles d'Hélix décomposées et des restes fauniques dans un mauvais état de conservation.

La couche II (Ibéromaurusien moyen entre 13.000 et 10.000 B.C.) a fournie une faune composée exclusivement d'espèces sauvages. L'industrie lithique est dominée par des lamelles à bord abattu. Celles-ci possèdent une taille moyenne par rapport à celle rencontrée dans la couche précédente. Cet outillage est tiré de silex de bonne qualité, de provenances variées (Fig. 18, 1-8).

Cette couche a livré également une industrie osseuse composée de quelques tranchets et poinçons ainsi que des objets de parure obtenus de valves de pétoncles perforées au voisinage de leurs crochets. A ce niveau, une trouvaille fort remarquable a été faite. Il s'agit d'une cheville osseuse d'antilope, dont les traces de polissage sont visibles sur toute sa surface (Fig. 19). Elle est décorée d'incisions transversales et circulaires, appliquées par des gestes interrompus à l'aide d'outils différents. Ces incisions sont regroupées en petits nombres formant ainsi des bandes séparées par des espaces réservés. L'extrémité distale de la cheville porte des traces de calcination. Pour l'instant, on ne peut pas déterminer si elles sont intentionnelles ou accidentelles. Il convient de signaler que cette cheville a fait l'objet d'une restauration minutieuse al laboratoire du musée de Mayence (RGZM).

La série d'outils taillés de la couche III est dominée par de grandes lames à bord abattu, de grattoirs et de lames non retouchées (Fig. 18,9-17). La matière première ayant servie à leur confection est presque exclusivement du silex d'excellente qualité. Certains outils sont en quartzite. Notons également la présence de quelques retoucheurs. Le reste du matériel se compose d'objets de parure sous forme de coquilles marines perforées et d'une pauvre industrie osseuse. Les quelques outils isolés que nous avons récoltés au fond de ce dépôt sont typiquement moustériens. Leur nombre restreint ainsi que l'absence de traces de débitage excluent la possibilité d'une occupation durable du site au Paléolithique moyen et témoignent plutôt d'un passage de chasseurs de l'époque.

2. Le site d'Ifri n'Ammar

 

 

 

Localisation et description du site: En empruntant la piste qui quitte la plaine du Garb en direction de Moulouya, et après avoir traversé le col de Tizzi-n-Terkeft à une altitude de 586 m, on abouti dans une cuvette fertile appelée Essaloum où coulent plusieurs sources d'eau permanentes. A la sortie sud-est de cette dernière, on aperçoit, sur le côté gauche, une falaise de 80 m de hauteur qui vient rétrécir sensiblement le passage vers la plaine de Moulouya (Fig. 40). Juste en face de la falaise, à quelques dizaines de mètres, se trouve l'abri d'Ifri n'Ammar qui perce une colline escarpée nommée Dhar Bôu-Arfa (Fig.41). La falaise et le site ne sont séparés que par un "Ighzar" (ravin) sinueux et asséché.

 

L'habitat principal du site est constitué de deux parties intégrales: la première est un vaste abri qui atteint 9 à 10 m de profondeur et 13 m de largeur. Son entrée arquée, d'une hauteur de 5 m de la surface du sol actuel, s'ouvre vers le nord-est. L'autre partie du site rejoint le sol horizontal de l'abri et s'étend sur une superficie conique d'à peu près 2000 m2. La surface de cette dernière est couverte par un sédiment de couleur gris-noir jonché d'un abondant matériel archéologique composé d'éclats et d'outils en silex, de nucléus, de fragments de poterie modelée, de test d'œuf d'autruche parfois calcinés et des coquilles de gastéropodes terrestres décomposées. Les contrebas de cette surface ont été superficiellement remaniés par les travaux d'agriculture actuelle.

Stratigraphie: Les fouilles réalisées entre 1997 et 1999 ont concernées une surface de 2 m x 14 m, sur une profondeur de plus de 4 m. A une telle profondeur, les risques d'effondrement des couches composées de sédiment très friable ou de gros blocs apparaissant dans les profils, nous ont contraint à suspendre les travaux de fouilles sans toutefois avoir atteint le substratum.

L'abri sous roche d'Ifri n'Ammar a connu une importante occupation ibéromaurusienne qui offre des traits communs avec celle de la grotte d'Ifri el-Baroud. Enfouie sous une couche de fumier, elle s'étale sur une profondeur d'à peu près 1,70 m, et se caractérise par la présence de nombreux lits de coquilles d'Hélix dont les interstices sont colmatés par une terre friable, cendreuse et riche en charbon. Les foyers qu'on rencontre sont des amas plus ou moins réguliers de pierres calcinées autours desquels de nombreux restes fauniques voisinent avec d’abondants tests d'œuf d'autruche. Les éléments de parure sont représentés par des coquilles marines (colombelles, pétoncles, cardium) perforées au voisinage de leurs crochets.

A noter également la découverte d'un fragment d'ivoire portant des incisions peu profondes (Fig. 20). Le lithique, d'une abondance remarquable, est basé sur une industrie lamellaire. La répartition de l'outillage montre la nette suprématie du groupe des lames et des lamelles à bord abattu qui constituent environ 90% des outils taillés. Une évolution de cet outillage apparait entre la base et le sommet du dépôt, elle se dévoile au niveau de la taille des lames. A l'Ibéromaurusien ancien, entre 16.000 et 13.000 B.C., les lames sont de grande taille et portent parfois des retouches sur leur bord. Par contre, elles sont d'une taille moyenne à l'Ibéromaurusien moyen entre 13.000 et 10.000 B.C.

Ainsi les dépôts ibéromaurusiens du site d'Ifri n'Ammar montrent des caractéristiques semblables à ceux d'Ifri el-Baroud. Cependant, certaines différences existent entre ces deux sites qui ne sont éloignés l'un de l'autre que de quelques kilomètres. Tout d'abord, le site d'Ifri el-Baroud est un habitat en grotte tandis que celui d'Ifri n'Ammar est un abri sous roche.

Ensuite, l'industrie lithique du site d'Ifri n'Ammar dépasse largement en nombre celle d'Ifri el Baroud. L'industrie récoltée dans le premier site comporte 4000 outils finis, tandis qu'à Ifri el Baroud elle se limite au nombre de 500. Enfin, les dépôts ibéromaurusiens à Ifri n'Ammar reposent directement sur des niveaux d'occupation du Paléolithique moyen alors qu'à Ifri el Baroud, seuls quelques pièces isolées ont été récoltées.

3. Le site de plein air d'Hassi Ouenzga

 

 

 

Localisation: Au cours de la prospection en mars-avril 1995, nous avons découvert dans la cuvette d'Hassi Ouenzga, située à 8 km à vol d'oiseau au sud-ouest de la grotte d'Ifri el Baroud, un ensemble impressionnant de sites archéologiques dont on trouvera la description détaillée dans le chapitre réservé à la phase d'occupation néolithique du Rif oriental.

 

Situé au pied du Djebel Tawit qui culmine à 800 m, le site de plein air d'Hassi Ouenzga s'étend sur une superficie approximative de  2000 m2 (Fig.21). Celle-ci est placée entre un abri néolithique et une Casbah islamique. En surface on trouve des éclats et outils en silex, de la poterie modelée, des fragments de test d'œuf d'autruche et des coquilles de la famille des gastéropodes parfois calcinées et enfin quelques broyeurs. Par ailleurs, nous avons constaté que certaines parties du site ont été complètement détruites, dans sa partie nord-est, par des travaux hydrographiques et par l'édification d'une qasba islamique.

Stratigraphie: En 1996, un sondage de 2 m x 4 m dans la partie centrale du site a permis l'identification de quatre ensembles stratigraphiques qui s'étalent sur une profondeur de 1,40 m. Ils se présentent comme suit, de haut en bas:

1. Le premier ensemble se compose d'une terre noire contenant beaucoup de coquilles d'Hélix dans un état fragmentaire et de pierres calcaires calcinées.

2. Le deuxième ensemble forme une sorte de pellicule de sédiment de couleur marron. Elle contient peu de coquilles et des pierres de dimensions moins importantes par rapport à celles du niveau précédent. De couleur gris marron, le sédiment qui constitue le troisième ensemble, est difficile à fouiller à cause de la présence de nombreuses pierres de dimensions considérables qui couvrent toute la surface fouillée.

3. Enfin, le dernier ensemble de couleur jaune est stérile et repose directement sur le substratum.

Analyse succincte de la stratigraphie: Le mobilier archéologique récolté dans les ensembles 1, II et III est constitué en grande partie d'industrie lithique laminaire et une autre micro lithique de types variés: lamelles à bord abattu, burins, grattoirs et de rares segments et trapèzes. L'ensemble s'intègre parfaitement dans le contexte de l'Ibéromaurusien évolué. Cette conclusion est confirmée par les résultats de l'analyse au 14C d'un échantillon du charbon de bois, prélevé au milieu de la coupe stratigraphique, qui a livré la date suivante: cal BC 10.747-10.306.

(A.M. et YB.)

L'Epipaléolithique

 

 

 

La couche inférieure de la grotte de Taghit Haddouch a fournie un mobilier archéologique qui ne saurait être assimilé à l'Ibéromaurusien et n'offre aucune trace du Néolithique. Les données radio chronologiques, qui datent ce dépôt entre la première moitié du 8ème millénaire et la deuxième moitié du 6ème millénaire, confirment cette position intermédiaire. En attendant que l'analyse du matériel puisse définir son appartenance culturelle, nous l'intégrons à priori dans le groupe des industries épipaléolithiques.

 

La grotte de Taghit Haddouch

 

 

 

Située à 8 km au sud-est de la ville de Dar Driouch (Province de Nador, commune Aïn Zorah), la grotte de Taghit Haddouch tire son nom du massif calcaire récifal qu'elle perce (Fig. 22). L'habitat principale a une forme de boyau sub-rectangulaire et mesure 13 m de long sur 8 m de large à son entrée (Fig. 23). Celle-ci, haute de 4,50 m, s'ouvre vers l'est et surplombent un ravin sinueux et asséché, à une profondeur d'environ 25 à 30 m. L'intérieur de la grotte se présente en pente douce d'un dénivellement de 1,10 m. Sur le talus, entièrement recouvert d'un sédiment gris-noir et de pierres calcinées, on trouve des éclats et des outils en silex noir, des tessons de poterie modelée, des fragments de test d'œuf d'autruche et des coquilles de gastéropodes décomposées. Les travaux de fouilles, entrepris entre 1997 et 1998, sur une superficie de 26 m2, ont permis de dégager deux ensembles stratigraphiques qui se présentent comme suit (de haut en bas):

 

1. Le premier ensemble fortement perturbé par l'utilisation de la grotte en enclos à bétail se trouve enfouis sous une importante couche de furp.ier qui atteint dans certaines zones jusqu'à 1,40 m de profondeur. Il se compose d'un sédiment fin de couleur gris-marron relativement friable. On y trouve des coquilles de gastéropodes intactes et décomposées, des tests d'œuf d'autruche parfois calcinés, des restes fauniques, quelques éclats en silex et des fragments de poterie dont certains portent des décors d'impression au peigne. La présence d'une pointe à ailerons saharienne ainsi que le type de la poterie nous permettent, dans l'attente des résultats des datations absolues, de rattacher cette ensemble stratigraphique à un Néolithique évolué.

2. Le deuxième ensemble stratigraphique se trouve protégé sous un épais lit d'éboulis qui le sépare du premier. Par rapport à ce dernier, il est intact et homogène. Il s'étale sur une profondeur de 0,50 m et se compose de sédiment gris-noir, cendreux et riche en charbon de bois. Les coquilles d'Hélix et les tests d'œuf d'autruche sont abondants mais en quantité moindre que dans les couches ibéromaurusiennes. Plusieurs foyers constitués de pierres calcinées disposées de manière plus ou moins régulière apparaissent dans les différents niveaux de cet ensemble. Les restes fauniques d'espèces sauvages sont abondants et en très bon état de conservation. Le matériel archéologique se compose essentiellement de lithique, d'objets en os et de parure.

Par rapport à l'Ibéromaurusien évolué, l'outillage lithique à Taghit Haddouch voit s'affirmer certains types tels les lames à coche et les perçoirs. Les lamelles à bord abattu subsistent encore dans les différents niveaux mais en moindre quantité. Les trapèzes et les burins ne sont représentés que par des pièces uniques (Fig.24). Quelques nucléus épuisés se trouvent associés à cette industrie. Les objets en os sont re
Commentaires (12)

1. Cinzia Vismara 11/06/2009

Merci d'avoir mis sur le net les résultats de vos recherches; serait-il possible de localiser les découvertes sur una carte?
Merci

2. taynast 05/07/2009

merci d'avoir exposé les résultats de vos travaux,pouvez-vous nous aider à ´établir la toponymie de ces grottes ?

3. Mohamed 18/02/2010

Gracias por la publicación de estos resultados entre otros, es muy interesante, porque encontrar algo publicado sobre Marruecos es algo muy dificil, pero gracias a esa pagina web y su colaboración, se ha hecho posible.

4. Melba25Raymond 20/12/2011

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