Réflexions sur le substrat Libyque dans les villes et 'comptoirs'

 Youssef Bokbot                                                                                                                                         

Réflexions sur le substrat Libyque dans les villes et 'comptoirs' préromains du Maghreb occidental 

 

 

 

 

 

        L'extrême rareté des habitats protohistoriques en Afrique du Nord, a amené plusieurs historiens et archéologues à invoquer une économie pastorale nomade succédant à un paysannat sédentaire du Néolithique. De nombreux auteurs anciens et modernes n'hésitent pas à donner une image bien sombre des populations du Maghreb, qu'ils qualifient de sauvage, encore réduites à tailler leurs outils dans le silex, condamnées à un état de stagnation et d'isolement que seule l'arrivée des Phéniciens et des Romains aurait rompu .

       Les témoignages des auteurs classiques présentent les populations du Maghreb comme d'éternels errants ignorant toute activité agricole et la vie sédentaire. Strabon, Valère-Maxime, Tite-Live, Appien, et Polybe prétendent qu'antérieurement à Massinissa, la Numidie était inutile et incapable de donner des produits cultivés. Selon Strabon, Massinissa rendit les Numides sociables, et fit d'eux des agriculteurs. Appien écrit, en parlant de Massinissa : la faveur divine lui donna de mettre en valeur une vaste contrée où auparavant les Numides se nourrissaient surtout d'herbes parce qu'ils ne se livraient pas à la culture (Gsell 1916, p. 187).

             Suivant ce cliché, on condamne les ancêtres des Imazighen à un rôle entièrement passif. On les imagine dès le début de l'histoire recevant de l'Orient une civilisation toute formée; une poignée de navigateurs orientaux auraient apporté à une masse de sauvages, dépourvue de la moindre culture, tout les éléments d'une véritable civilisation longuement mûrie sur la côte de la Phénicie.

 

 

 

        Or, un passage d'Hérodote avait pourtant précisé qu'"au couchant du fleuve Triton, (Golf de Gabes à l'extrême S-E de Tunisie ),  ce sont des libyens cultivateurs...Ils ont des maisons et sont appelés Maxyes" (Gsell 1916, p. 29). Hérodote oppose donc la Libye orientale où habitent les nomades à la Libye occidentale habitée par des cultivateurs sédentaires qui est très montagneuse, très boisée et pleine d'animaux sauvages.

       Quel était en fait l'état de civilisation des Imazighen avant l'arrivée des Phéniciens ? Actuellement, l'évidence de l'agriculture et de l'habitat sédentaire pré- phénicien n'est plus à démontrer. Avec le développement de la recherche archéologique, il est maintenant démontré qu'à l'arrivée de ces navigateurs, les Imazighen n'étaient pas de pauvres personnes, des sortes d'aborigènes encore enfoncés dans la primitivité préhistorique.

    Des témoignages rupestres provenant du Haut Atlas central représentent des scènes d'activités agricoles datant de l'Age du Bronze. Il s'agit d'une scène de labour gravée sur les hauteurs du Yaggour à Azib n'Ikkis (fig.1) et de certains traits coudés de l'Oukaï-meden que Jean Malhomme interpréta comme faucilles (Malhomme 1953, fig.1, p. 384).  

            La culture des céréales a dû s'introduire au Maroc a une époque antérieure à l'implantation des phéniciens sur la côte. C’est une ressource évidente déjà au VIIIème siècle av. J-C; pour que la faucille de fer soit fréquemment représentée parmi

les offrandes funéraires des sépultures rurales autochtones de l’époque dans l’arrière pays de Tanger.

 

 

 

 

 

 

             Les données provenant des fouilles archéologiques sont souvent en contradiction extrême avec les témoignages des textes anciens. Après confrontation des textes antiques avec les réalités archéologiques, plusieurs questions se posent avec insistance : peut-on parler partout de comptoirs phéniciens ? De quelle nature étaient ces établissements ? S'ils ont existé, qu'est ce qui les différenciait des autres habitats autochtones ? N'y a-t-il sur la côte que des comptoirs phéniciens ?

          L'existence de comptoirs phéniciens est attestée par les textes, en particulier par le géographe grec Pseudo-Scylax qui énumère une série de points, villes et comptoirs sur les côtes du Maghreb ( Gsell 1920 , p.160 ). Nous avons de fortes raisons de croire que ces comptoirs ont été effectivement créés, mais à côté de bourgades plus anciennes fondées par les autochtones.

           Quand le Pseudo-Scylax parle du commerce phénicien avec les régions atlantiques du Maroc, il trace une image précise et fort différente de celle décrite par d'Hérodote. Les Phéniciens n'ont plus affaire à des indigènes primitifs et craintifs, qui fuirent tout contact avec les peuples civilisés. Les Ethiopiens (terme utilisé pour désigner les Imazighen), habitent une ville et reçoivent des marchandises variées, qui indiquent un niveau de vie relativement évolué (Villard 1960, p.21). Ce passage du Pseudo-Scylax pourrait se rapporter au commerce avec la ville antique de Lixus; surtout que dans un autre passage, ce même auteur indique que les Ethiopiens ont aussi une grande ville où vont les vaisseaux des marchands phéniciens (Gsell 1920, p. 113).

              Les recherches modernes, au lieu de se fonder sur des preuves matérielles que les fouilles archéologiques mettent en évidence, ont continué à nier tout caractère urbain au monde paléo-amazigh. Dans la continuité logique de ce postulat historique, certains chercheurs nationaux et étrangers ont continué à qualifier tout établissement antique de phénicien, punique ou romain, pour la simple raison qu’ils y ont trouvé du matériel d’importation.

              Malheureusement, les fouilles pratiquées dans ces sites au cours de la première moitié du XXème siècle, n'ont pas

apporté de documents valables qui permettent de réfuter ces thèses. Durant cette période, on s'est intéressé essentiellement à l'archéologie monumentale plutôt qu'à des fouilles stratigraphiques. Les synthèses archéologiques de cette époque ont été trop guidées par les écrits des auteurs grecs et latins.

             Pierre Cintas qui est un des grands punicisants avait soutenu une conclusion fort hasardeuse et dangereuse. Selon lui, les fouilles confirment l'existence de comptoirs phéniciens assurés par les textes : "une halte excellente à l'abri d'une île, d'un cap ou d'un estuaire ne peut avoir échappé à l'œil des navigateurs phéniciens" ( Cintas 1954).

               Tout ce passe comme si ces zones côtières parcourues par les phéniciens étaient totalement inoccupées; et que ces étrangers venus des côtes libanaises, s'installèrent là où ils voulaient sans se préoccuper de la résistance des populations locales.     

              Au Maroc et en Algérie occidentale le développement de la recherche archéologique, ces dernières années a apporté de nouveaux éléments permettant de reposer la question des origines  de certaines villes et comptoirs  considérés habituellement  comme fondation phénicienne ou punique. Pour nous, il n y'a qu'une seule façon d'écrire l'histoire de ces sites côtiers : il faut mettre les textes anciens à l'épreuve de vérité des documents archéologiques. Pour une vision objective et complète, il faut les étudier dans leur globalité et de l’intérieur, et non pas à partir des influences reçues.

           Déjà à partir de la 2ème moitié du XXème siècle, l'archéologie commença à révéler sous les apports puniques et romains, des niveaux d'occupations appartenant à une culture autochtone, connaissant l'agriculture, la vie sédentaire et même un début d'urbanisme (Camps 1960,  p.49).  

   I - La ville antique de Lixus 

                Les origines de la ville antique de Lixus appartiennent au domaine des légendes. La tradition la plus lointaine se réfère à une ville parmi les plus anciennes du bassin occidental de la méditerranée. Les textes ancien font remonter sa fondation à la même époque que celle de Gadès, au XIème siècle av. JC. Ces témoignages sont en contradiction évidente avec ce qu’apporte les fouilles archéologiques.

               Les sondages effectués par Miguel Tarradell dans la ville antique de Lixus ont donné à la base de la stratigraphie, un niveau d'occupation caractérisé par une grande abondance de la céramique modelée que l'auteur qualifie de "tradition néolithique", (Tarradell 1954, p.790). Les fouilles entreprises sur le même site par Michel Ponsich ont confirmé l’existence de ce niveau archéologique distinct (Ponsich 1981, p.131). La céramique qui le compose est modelée, lisse en général et certains tessons sont polis. La surface des vases est rarement décorée; il existe cependant parfois un décor matérialisé par une bande horizontale qui entoure le haut du vase. Cette bande est soit en relief à impressions digitales, soit constituée d'un alignement de motifs impressionnés.

              Mais l'élément le plus intéressant est la découverte d'un type de céramique nouveau dit " à graffito" (fig.2), jusqu' alors inconnu en Afrique du Nord (Bokbot 1991, p. 1998, p.321), dont les analogies se retrouvent dans certains types de céramique préphénicienne du sud de la péninsule ibérique. Dans son ensemble, les formes et les décors des poteries modelées des niveaux inférieurs de Lixus sont presque  identiques  à ceux des niveaux de l'Age du Bronze des grottes de Ghar Cahal et Cahf Taht el Ghar (Bokbot et Onrubia 1992, p.20).

            Ce mobilier archéologique n'est pas un fait isolé, il est associé à des structures d'habitat relativement archaïques. Michel Ponsich avait remarqué que certains procédés de construction de murs ou de murailles pré- romaines de Lixus ne coïncident pas avec ceux de l'Orient phénicien, et que la ville s'ouvrait sur la campagne par une porte composée d'appareillage mégalithique antérieure à la porte punique. Cette porte accède à un chemin bordé de tombes très anciennes (Ponsich 1988, p.86).

            La présence de ces structures d'habitat à affinités mégalithiques, ainsi que la céramique modelée permettent d’envisager la possibilité d'un établissement préphénicien à Lixus. Cette occupation locale pourrait s'affirmer encore, d'autant plus que le site même de Lixus et ses environs immédiats ont livré des objets métalliques attribuables à l'Age du Bronze. 

           Bernardo Saez-Martin avait annoncé, lors du 2ème Congrès Panafricain de Préhistoire, la découverte d'une épée en bronze à l'embouchure du Loukkos ( Saez-Martin 1955, p.659). Perdu depuis, retrouvée une trentaine d’années plus tard dans le musée de Berlin, cette épée (fig.3) a été rattachée initialement au type de " Rosnoën" qui appartient à la phase de transition Bronze moyen - Bronze final (Ruiz-Galvez 1983, p.64) Georges Souville avance qu’elle ne peut être comparée qu’à celle venant du dépôt de la ria de Huelva et s’apparenterait plutôt au type de "Ballintober". (Souville 1995, p.248)  Par ailleurs, Enrique Gozalbes - Gravioto a signalé la présence d'une hache plate dans les collections du Musée de Tétouan dont la provenance pourrait être le site de Lixus (Gozalbes-Gravioto 1975, p.14).

            Ces objets métalliques sont à mettre vraisemblablement en relation directe avec les sépultures mégalithiques du site de Lixus et de son arrière pays. Paul Pallary a signalé tellement de dolmens entre la ville de Larache et les ruines de Lixus (Pallary 1907, p.308), qu'il en a déduit que dans le site de Lixus, le mode d'inhumation dolménique est bien autochtone (Pallary 1915, p.195). 

          A Lixus, Tarradell a signalé deux sépultures composées de grands blocs de pierres (Tarradell 1960, p.167). D'après la description qu'il nous a laissé, l'une d'elles pourrait coïncider avec la tombe extra muros  découverte déjà au XIXème  siècle par le diplomate français Charles Tissot  et nettoyée par Henri De la Martinière. Il s agit  d'une tombe mégalithique composée d'un couloir de grandes dalles jointes plantées verticalement , dont la couverture est assurée par cinq dalles transversales juxtaposées (Bokbot 1991, p.181). Dénommé localement "al- Quantara" (fig. 4), ce monument qui correspond de point de vue typologique à une allée couverte, reste un spécimen unique dans tout le Maroc, quoique sur la butte où il se trouve, nous avons remarqué plusieurs grandes dalles du même type. Nous avons de fortes raisons de croire que l'allée couverte de al- Quantara faisait partie d'un ensemble de tombes mégalithiques. 

  II-  L'établissement pré-romain de l'île de Mogador

 

 

 

                A Mogador, Pierre Cintas avait recueilli un type de céramique modelée dans les couches les plus profondes du site. Il en avait conclu que c'était une céramique locale antérieure au comptoir punique (Cintas 1954, p.41). Elle est généralement lisse ou polie.  Les formes sont peu variées, de grands vases à fond plat, munis de cordons appliqués décorés soit d’impressions digitales, soit d’incisions faites à l’ongle. Ces cordons sont horizontaux autour du col et serpentiformes sur la panse. Cette céramique présente les mêmes caractéristiques que celles des vases trouvés dans les niveaux les plus récents des grottes d'El- Khil, de Ghar Cahal, de Cahf Taht el- Ghar et de Dar es Soltane (Jodin 1966, p.166).  André Jodin a remarqué la ressemblance de cette céramique avec celle de l'Age du Bronze européen (Jodin 1957, p.37).

III- L'habitat de hauteur de Kach Kouch

             Le site de Kach Kouch occupe une petite plate-forme à pentes abruptes sur le haut d'un plateau dominant la basse vallée de l'Oued Laou et la mer Méditerranée. L'habitat était composé de plusieurs cabanes aux parois construites à partir d'une charpente de bois et de branchages, garnie de torchis (Bokbot et Onrubia 1995, p.222).

 Dans le répertoire céramique, coexistent des types modelés autochtones et des poteries tournées de tradition phéniciennes, la céramique modelée est représentée, entre autres, par une série de jarres d'emmagasinage assez ouvertes à font plat,souvent décorées au niveau de l'inflexion de l'épaulement, d'incisions ou d'impressions effectuées soit directement sur la paroi, soit sur un cordon appliqué. Certains vases sont munis d'éléments de préhension sous forme de croissant renversé. Un petit bol caréné porte un décor à "graffito" semblable à celui de Lixus. Il a un font ombiliqué et ses parois fines sont soigneusement polies. Le site a également livré quelques pièces métalliques en cuivre ou bronze et en fer (Bokbot et Onrubia 1995, p.223).

 

         En l'absence de dates absolue, l'habitat protohistorique de   Kach Kouch, pourrait se situer dans une fourchette chronologique allant du IXème au VIème siècle av. J-C.

IV- Les sites pré-romains d'Oran

           A l'ouest de la ville d'Oran, le site des Andalouses occupe le bord d'une falaise abrupte au fond d'une large baie. Il s'agit d'un habitat et d'une nécropole partiellement fouillés par G.Vuillemot.

           L'un des sondages pratiqués dans l'habitat a révélé que le niveau le plus ancien repose sur le grès de la falaise. Il y a là un habitat caractérisé par des foyers et de la céramique modelée. Au dessus de ce niveau a été trouvée de la céramique que Vuillemot date du Vème siècle av. J-C. Il en a conclu que le premier niveau semble révéler un monde fermé sur lui même (Vuillemot 1965, p.42).

           Sur les croupes du plateau qui ferme vers l'ouest la baie des Andalouses, plusieurs tumulus circulaires ont été fouillés. Ils paraissent toujours recouvrir une sépulture à incinération.

           Toujours à l'ouest d'Oran, face à l'embouchure de l'oued Tafna, à 2 Km de la côte, émerge l'île de Rachgoun, plateau d'une quinzaine d'hectares. Théoriquement, la position du site est idéale à une installation phénico-punique. Cependant, seules les données archéologiques reflètent la réalité de l'occupation. Les plus anciens fragments de céramique datables sans aucun problème proviennent d'une amphore attique de la 2ème  moitié du VIIème siècle av. J-C. Les rapports de fouilles mentionnent des types de céramique locale contemporaine de l'amphore attique et même antérieure à celle-ci.

           Trop influencé par les thèses de son maître Pierre Cintas, pour qui chaque point côtier favorable à la défense  ne peut avoir échappé à l'œil attentif des marins phéniciens, Vuillemot qualifia ces sites de puniques, en notant toutefois que certains actes essentiels des habitants de l'île de Rachgoun ne s'harmonisent pas avec ceux qu'on attend d'un peuple phénicien (Vuillemot 1965, p.93). Nous avons là une remarque très significative. Les rites funéraires des groupes humains qui ont occupé ces comptoirs ne correspondent pas à ceux des Phéniciens. Ils sont plutôt  le témoin de pratiques sépulcrales  protohistoriques de populations Amazigh .

           Si on élargi notre champs d'action sur la rive nord de la Méditerranée occidentale où des problèmes similaires se posent, on trouvera des réponses à nos questions. Les travaux archéologiques en Espagne et en France ont démontré la complexité du phénomène de l'hellénisation du littoral et de son arrière pays. il y' a eu  certes des colonies et des comptoirs, mais il y' a eu aussi de nombreuses agglomérations autochtones où des échanges commerciaux ont été effectués et où s'est développé une civilisation originale par contact plus ou moins étroit avec le monde grec .

              Dans les sites côtiers du Maghreb, à chaque fois que l'on trouve de la céramique d'importation punique ou phénicienne, la majorité des fouilleurs pensent machinalement à une occupation des lieux par ces marins orientaux. Il faut rendre hommage à Gabriel Camps, qui s'est violemment opposé à cette manière d'interpréter les documents archéologiques : "Que des bourgades littorales reçoivent des leur origine des productions méditerranéennes est un fait tellement normale qu'il ne peut être présenté comme argument scientifiquement valable sur leur origine propre" (Camps, 1979, p.48).

               Paul Albert Fevrier s'est demandé si tous ces comptoirs ou petites agglomérations avaient été réellement créées par les phéniciens et si l'on ne devait pas les considérer comme autochtones. Pour lui, il ne fait aucun doute que des bourgades indigènes ont été fondées bien avant la création des comptoirs commerciaux. Des comptoirs ont fort bien pu être créés, mais à côté des villes plus anciennes fondées par les autochtones (Fevrier 1967, p. 108).

                Dés la plus haute antiquité, le Pseudo-Scylax distinguait sur l'oued Loukkos, une ville phénicienne et une ville peuplée de Libyens  (Carcopino 1949, p.89). Ce témoignage s'approche d'avantage, à notre sens, de la réalité. Les Phéniciens pour échanger leur produits, choisiraient logiquement de s'implanter là où il y'a déjà une occupation humaine assez importante.

               Quand le Pseudo-Scylax parle du commerce phénicien avec les régions atlantiques du Maroc, il trace une image précise et fort différente de celle d'Hérodote. Les Phéniciens n'ont plus affaire à des indigènes primitifs et craintifs, qui fuirent tout contact avec les peuples civilisés. Les Ethiopiens (terme utilisé pour désigner les Imazighen), habitent une ville où vont les vaisseaux des marchands phéniciens et reçoivent des marchandises variées, qui indiquent un niveau de vie relativement évolué (Villard 1960, p.21). Ce passage du Pseudo-scylax pourrait se rapporter au commerce avec la ville antique de Lixus; surtout que dans un autre passage, ce même auteur indique que les Ethiopiens font beaucoup de vin de leurs vignes que les Phéniciens exportent (Villard 1960 , p. 22 ).

             François Villard a conclu que les villes du littoral nord-africain que l'on qualifie de phéniciennes pourraient avoir une origine antérieure. IL a également noté que la naissance de la civilisation urbaine au Maroc parait n'être pas, à proprement parler, le fruit d'une colonisation (Villard 1960). Maurice Euzennat a de son côté attiré l'attention qu'il ne convenait pas de faire à l'influence punique une part trop belle (Euzennat 1965, p.261).

                 Dans le même ordre d'idées, Gabriel Camps a remarqué que beaucoup de villes pré- romaines  nord-africaines possèdent, aux portes du centre primitif, des nécropoles mégalithiques répondant à des rites funéraires totalement étrangers à ceux des Romains et des Phéniciens (Camps 1974, p.3). Ces sépultures sont l'œuvres de populations Amazigh qui habitaient ces villes antérieurement à tout contact ou  implantation étrangère. Ce constat s'applique à la ville antique de Lixus.

                    Pour François Villard, le développement de la civilisation urbaine au Maroc, qui se place dans le courant du VIème  siècle av. J-C , est le résultat de l' intensification des contacts commerciaux avec les phéniciens de Gadès, les Carthaginois et les Grecs, mais il ne semble pas le fruit d'une colonisation (Villard 1960, p.22). Selon ce même auteur, quand la tradition antique qualifie une ville de phénicienne, ça veut seulement dire que ses habitants ont adopté la langue et les mœurs des Phéniciens, mais cela  n'implique pas qu'elle a été fondée par ces derniers (Villard 1960, p.23). 

                    Ces diverses occupations protohistoriques dans les sites que l'on qualifie à tort de  phéniciennes ou de puniques, nous amène à poser le délicat problème de l'émergence des bourgades paléo- amazigh à caractère proto- urbain. Cette apparition est difficile à saisir historiquement, faute de chronologie vraiment précise. Toutefois, nous serions tentés de lier cette émergence au développement de la métallurgie qui a permis une mise en culture plus vaste et une meilleure productivité, ce qui offre les possibilités d'un essor démographique nécessaire à tout accroissement du potentiel socio-économique des ces communautés. L'ouverture sur le commerce méditerranéen est à prendre également en considération, même si  ces échanges commerciaux sont encore mal définis.   

              Les nécropoles de la campagne de Tanger ont contribuer a avoir une vision plus claire des groupes humains de la fin de l’Age  du bronze . Elles  indiquent la présence dès le VIIIème s. av. J.C., d'agglomérations rurales où vivaient des populations encore imprégnées de traditions de l'Age du Bronze (Ponsich 1988, p.87).   

              Dans ces mêmes nécropoles apparaissent à côté des cistes mégalithiques du Bronze moyen et final, des sépultures présentant une architecture et des rites funéraires quelque peu différents. Ce témoignage de coexistence sans transition entre la civilisation libyque du Bronze tardif et celle de Libyens phénicisés du 7ème s. av. J-C,  donne l'image qui correspond le mieux à l'habitat protohistorique de Kach Kouch, et à l'occupation la plus ancienne de Lixus et de Mogador.

             On conçoit dès lors l'urgence, pour l'Archéologie marocaine et maghrébine en générale, d'envisager des fouilles en extension dans les niveaux pré-romains des villes  et comptoirs antiques. Ces fouilles sont indispensables au développement des connaissances sur les civilisations protohistoriques du  Maghreb.

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Bibliographie:

Aranegui Gasco 2001

   C.Aranegui, lixus :colonia fenicia y ciudad punico-mauritana.   SGVNTVM.                Papeles ale Laboratorio de Arqueologia de Valancia. Extra 4. 2001.

 

 

 

 

Bokbot 1991 

   Y. Bokbot,  Habitats et monuments funeraires du Maroc protohistorique.thèse de Doctorat. Université de Provence 1991, p. 549.

Bokbot 1998 

 Y. Bokbot, Une Céramique à Graffito à Lixus. Bulletin d'Archéologie Marocaine. T.XVIII.1998.pp.321-323                                                                                                                                         

Commentaires (4)

1. hamoudi 11/03/2008

N'est-il pas temps pour les nord africains de produire les concepts de leur propre pré-proto et histoire plusieurs fois millénaire que d'avoir recours toujours au concepts d'autrui? et de dater par rapport à d'autres peuples? préromain? post vandale? etc

2. martyr kusseila (site web) 09/12/2009

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